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e.g. Technos

 

Technos

Norme des techniciens des sciences

physiques, ingénieurs et programmeurs

Cette norme est faite de techniciens en sciences physiques, d'ingénieurs et de programmeurs en informatique, des technos.

Il y a 202 sujets dans l’échantillon. Le tableau 1 montre la stratification de l’échantillon. S'il faut préciser mieux leurs domaines, disons que les techniciens étaient pour beaucoup en électronique.

Il y a beaucoup d'ingénieurs de projets parmi les ingénieurs et ils sont parmi les plus matures au plan professionnels. Par exemple, avec 10 ans d'expérience au minimum, ces ingénieurs ont servi à valider l'échelle de jugement pratique. Ce groupe d'ingénieurs de projets en question a un résultat moyen de 85 rangs centiles sur cette échelle Cette échelle, qu'on pourrait  appeler jugement technique si une longue tradition n'allait à l'encontre de cette appellation, correspond à ce qu'on décrit parfois comme penser comme un ingénieur.

 

Spécialité

N

Techniciens (niveau Cégep)

62

Ingénieurs (baccalauréat)

85

Autres spécialistes des sciences physiques incluant des chercheurs en biologie

16

Spécialistes du contrôle de la qualité

3

Informaticiens niveau de Technicien

23

Informaticiens niveau du baccalauréat ou plus

11

Tableau 1. Stratification de l’échantillon

Age et sexe

Il y a 37 femmes (18%) dans l’échantillon et 166 hommes (82%). L’âge de 32 femmes est connu et la moyenne est 32.7 ans. L’âge de 143 des 166 hommes est connu. La moyenne de leur âge est 35.6 ans. L’âge moyen des hommes et des femmes est 35.2 ans. C’est donc une population majoritairement masculine qui reflète la réalité du marché du travail.

 Un type modèle - Les as de la technique

Ce sont 13 sujets, soit 6% de la population.

Ce groupe  est constitué de sujets très forts et qui ne sont pas allés en gestion comme beaucoup d'ingénieurs ambitieux. Ils sont plus scolarisés que la moyenne de cette norme. 3 des 13 sujets venaient de la biologie (biophysique, biochimie) et ils avaient fait des études avancées. D'autres ne sont pas très scolarisés, mais ils ont les caractéristiques des as au plan technique.

Le prototype était en métallurgie et il avait une grande réputation. Les 4 autres sujets les plus typiques du groupe sont des spécialistes d’envergure. Par exemple, un premier dirigeait un laboratoire de recherche et développement. Le second faisait de la recherche en biochimie. 

 

Tableau représentant les échelles les plus significatives du groupe 1

Ces gens sont d’abord très rigoureux intellectuellement et très décisifs. Ils aiment les techniques et ils ont de l’énergie. Ils valorisent les études et plusieurs ont effectivement une formation avancée qui exige ou développe les traits mentionnés. Ce sont des gens intelligents et très déterminés.

Leur indépendance les empêche de bien s’intégrer dans beaucoup de milieux. Ils ne sont pas disciplinés. Ils refusent souvent d’assimiler les valeur de la société globale et le fait d’être en recherche n’est pas étranger à ce refus. Ces gens sont ouverts aux changements et leur jugement pratique est bon. Ils désirent un peu dominer, mais ils sont très introdéterminés, peu conciliants et peu tolérants. Ce sont des rebelles qui veulent changer le monde. Ils sont flexibles dans les moyens d’y arriver, mais ce n’est jamais en se conformant et en suivant la voie tracée d’avance.

Ces gens n’ont pas besoin de la présence de beaucoup de monde. Ils expriment bien leurs émotions. Ils ont tendance à vivre dans des milieux spécialisés et c’est dans ce genre de milieux qu’ils fonctionnent le mieux. Confrontés aux demandes d’un milieu ordinaire, ils sont vite marginalisés.

Les niveaux de l'expertise

Selon les frères Dreyfus, H.L. et S.E.(1986), il existe 5 niveaux d'expertise dans tous les domaines. Les ordinateurs peuvent atteindre certains niveaux, mais les niveaux les plus avancés vont appel à l’intuition et l’informatique est loin de ce niveau de performance. Selon eux, si les grands-maîtres de l'échiquier peuvent jouer au rythme de 5 à 10 secondes par coup sans perte importante de performance, c'est parce qu'ils fonctionnent intuitivement.  Ils citent aussi un expert en arts martiaux qui explique que dans la pratique de son art il n'y a pas de temps pour faire des choix.  "Si vous prenez le temps de penser en combat, de penser je vais utiliser telle ou telle technique, vous avez perdu!".  Le film Le retour du Jedi de S. Spielberg est à voir pour comprendre ce sujet. La confiance du Jedi est nécessaire pour atteindre une performance idéale.

Pour dépasser le niveau 3, il faut une confiance en soi qui est incompatible avec la prudence des conseils de sagesse qu’on sert aux professionnels. C’est ironique de penser que plus on dit aux professinnels d’être prudents, moins on leur donne la chance d’arriver au niveau d’expertise qu’on leur prescrit d’atteindre. Le texte des frères Dreyfus s'étend longuement sur les difficultés des gens très analytiques qui atteignent un certain niveau d'expertise, mais plafonnent aussi au niveau 3 d'expertise.  Ils utilisent des exemples de plusieurs domaines. Une conclusion secondaire que l'on peut tirer de cet exposé c'est que les universités sont mal placées pour aider les praticiens à dépasser le stade 3. Les ordres professionnels qui responsabilisent à outrance nuisent aussi.

 Voici les 3 premiers niveaux:

     ·        Niveau 1.  Le novice apprend à reconnaître les faits objectivement observables et leurs caractéristiques.  Il apprend vite si on lui communique ces règles.  Dans le cas d'un test, il faut apprendre ce que les échelles veulent dire en général.

·        Niveau 2.  Le débutant avancé reconnaît des éléments qui n'ont de sens que dans un contexte précis.  La pratique facilite cet apprentissage.  Dans le cas d'un test, il s'agit d'apprendre ce que les échelles veulent dire pour un sujet de 20 ans, de 50 ans et dans certains contextes.

·        Niveau 3.  La compétence s'acquiert en devenant capable de s'ajuster à l'ensemble des éléments en cause et de les combiner pour atteindre un but concret.  Par exemple, interpréter un test pour aider un sujet à choisir un programme d'études est différent que s'il faut aider le sujet en réhabilitation.  On apprend alors à décomposer les patterns en éléments et à recombiner les éléments selon les règles et les objectifs.

·        Le plan de travail choisi est alors décidé systématiquement.  Ce choix d'un plan de travail n'est pas facile, mais une fois ce plan fait, l'interprétation est la résolution d'un problème avec la démarche systématique que cela implique.  C'est le type de fonctionnement que les psychologues de l'approche cognitive décrivent quand ils parlent de résolution de problèmes.  C'est aussi ce que les universitaires enseignent.

 

Les frères Dreyfus s'éloignent de la tradition cognitive quand ils expliquent les niveaux de compétence 4 et 5. Le Niveau 4 est le niveau de la maîtrise. Un maître peut intégrer dans son raisonnement des événements récents, des expériences qui ne semblent pas reliées. Il peut reconnaître des patterns sans avoir à les décomposer et à les analyser en détail.  Les Dreyfus appellent la capacité du maître d'utiliser des patterns en bloc la reconnaissance globale (holistic similarity recognition).  A ce niveau d'expertise, il est possible de reconnaître sans effort le sens d'un pattern dans un test. C'est une connaissance intuitive; de celle que les ordinateurs ne peuvent et ne pourront jamais atteindre selon les Dreyfus. Le maître organise donc son travail et comprend sa tâche de façon intuitive, mais l'exécute analytiquement.

Le Niveau 5 est celui des grands experts. Un véritable expert ne voit pas les choses objectivement.  Il les vit intensément.  Un conducteur d'automobile expérimenté conduit; mais il n'a pas l'impression de conduire une voiture comme le ressent si intensément le débutant. Les véritables experts ne solutionnent donc pas des problèmes ni ne prennent de décisions.  Ils font ce qui normalement fonctionne bien. La mécanique du travail est oubliée et ils fonctionnent de façon intuitive.  Les contrôleurs aériens ne voient pas un point sur un écran. Ils voient un avion.  Ainsi un interpréteur de test à ce niveau ne voit pas un niveau dans une échelle; il voit quelqu'un qui marche, comme marchent ceux qui sont élevés dans l'échelle et qui sont faibles ailleurs.

C'est à ce niveau qu'il est possible de dépasser complètement la technique et de décrire les gens à partir d'un profil de test de façon unique.  Dans un bon rapport psychologique de cette qualité, les lecteurs voient le sujet marcher et ne voient que lui marcher de cette façon. L'expertise permet donc une performance fluide.  La facilité de l'expert décourage les débutants qui se cantonnent aux règles. L'expert ne peut pas non plus exactement dire pourquoi il tire telle et telle conclusion.

Aux stades 4 et 5, le fait de cotoyer d'autres experts est important.  Peu d'organisations ont une masse critique suffisante de spécialistes en évaluation psychologique pour offrir des modèles aux débutants. Même si ces spécialistes existent, le secret professionnel et le cloisonnement des spécialistes qui utilisent des tests différents nuisent à la transmission du savoir aux débutants dans le domaine de l'évaluation. Dans d'autres professions, le partage de l'expérience clinique est plus facile et fait partie des traditions, en médecine par exemple.

Trouver la confiance du Jedi est certainement plus facile quand un maître sait jouer avec l’effet Pygmalion au mépris de toutes les règles de prudence.

Il résulte de tout ceci qu'on identifie les experts par leurs capacités intellectuelles, mais aussi par leur fonctionnement émotif.

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