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L'internalité au Québec

Si les idées de Weber sur l'éthique protestante et l'esprit du capitalisme sont vraies, elles devaient être observables dans ce milieu francophone catholique au milieu d'un monde anglophone, et surtout protestant. Il devait aussi être possible de constater le développement de l'internalité, du désir de réussite et de l'individualisation, des traits associés à l'individualisation.

Le Québec est passé rapidement d'une culture traditionnelle à une culture moderne.  Le Québec a eu un ministère de l'éducation en 1964. Avant la révolution tranquille, l'éducation était sous le contrôle des religieux. Tout ce qui venait de l'extérieur et qui menaçait la tradition était mal vu. Plutôt que de les voir partir vers les villes, on a encouragé des gens à cultiver des terres incultes en Abitibi pour préserver un milieu social traditionnel. Quand plusieurs ont émigré aux États-Unis, les institutions comme la paroisse ont suivi. C'était un combat d'arrière garde, mais il a été mené activement pour préserver la communauté.

Jusqu'en 1948, le ministre des finances du Québec a été un anglophone parce que les anglais pouvaient comprendre quelque chose aux affaires. L'intérêt sur l'argent a été défendu par l'Église durant longtemps et les biens de ce monde étaient méprisables.

Dans ce type de milieu, les besoins des individus ne sont pas compris comme étant différents des besoins de la collectivité. Rapidement, vers 1960, le Québec est devenu, depuis ce qu’on a appelé la révolution tranquille une société plus moderne. La formation technique, l'autonomie et l'initiative sont les clefs du succès. Il y a eu une étude en 1967,  le rapport Parent, qui proposa de démocratiser l'éducation plutôt que de la réserver à une élite.  On a assisté au développement de l'esprit d'entreprises dans les années 70.

A la même époque, les années 1960, l'Église catholique a tenu un concile afin de mieux intégrer ses adhérents, de les faire participer plus activement aux activités de leur Église. A peu près au même moment, au Québec, lors des études de la Commission sur le bilinguisme et le biculturalisme on a étudié la motivation des francophones et des anglophones au travail.  On a repris ces études par la suite. Par exemple Jain et Kanungo constatent dans des rapports à la Commission alors que les francophones s'intéressaient plus aux récompenses extrinsèques de leur travail que les anglophones. Ils avaient moins le désir de réussite que les anglohones. Les francophones qui travaillent dans des entreprises anglophones avaient un désir de réussite entre celui des francophones qui travaillent dans des entreprises francophones et celui des anglophones.

Ils accordaient moins d'importance aux occasions de réussite et à l'autonomie que le poste procure. Ils voyaient plus leur travail comme le moyen de soutenir leur famille que comme un but en soi. Auclair et Read en 1966 ont fait la même observation.  Les francophones étaient moins ambitieux, mais ils se disaient aussi plus satisfaits. La détermination, l'individualisation et l'esprit d'entreprise ne signifient donc pas nécessairement des gens beaux et gentils.

Si on pense que le Québec a rattrapé un retard, il faut le mettre en perspective. Le fait de valoriser un phénomène peut avait autant d'impact sur sa visibilité que la réalité des faits. Si nous voyons un changement si important depuis 1960, c'est en partie parce que les attitudes ont changé.

Certaines sociétés traditionnelles ont fait des bonds en avant encore plus rapide. Par exemple, la Corée était un pays très primitif en 1960 et les coréens ont évolué encore plus vite.

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