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La stabilité

Un besoin humain

Si les gens parlent d'évoluer, de progresser et de changements, nous avons aussi besoin de stabilité.

Notre conscience de nous implique que nous pouvons référer à un passé, un présent et un futur unifié. Antonio Damasio distingue la conscience de soi simple, qui est le sens de soi durant un moment et dans un lieu, de la conscience de soi étendue qui donne à la personne une identité. La conscience du passé, du présent et de l'avenir donne un soi autobiographique, une vision organisée des situations vécues et cette perception de soi peut ensuite organiser la perception des événements. 

C'est ainsi que la personnalité de vient un moteur du perfectionnement des personnes. Plus cette dynamique interne des personnes joue, plus les individus sont différentiés et plus ils tiennent à leurs différences. Etre quelqu'un d'unique est maintenant une valeur. Ce n'était pas aussi important il y a 50 ou 100 ans et les conditions de vie contribuent à cette différentiation. Par exemple, des adolescents peuvent vivre dans la maison de leur parents, mais manger différemment et vivre dans un univers culturel très différent.

Le sens que nous sommes entiers (wholeness dans le langage de James) est un élément fondamental des humains. Nous avons aussi l'Impression d'être quelqu'un en particulier et cette idée est au coeur du sens que nous avons d'être une personne. Gordon Allport appelait cette unicité et cette continuité de la personne le proprium. 

Il ressort de ces opérations que se définir est un besoin. Les gens qui perdent le fil de leur conscience perdent parfois leur identité. Par exemple, des comateux oublient qui ils sont et ils en souffrent beaucoup. Les gens qui perdent leurs photos dans un incendie disent qu'en perdant ces souvenirs, ils perdent le sens de qui ils sont. Pour avoir un sens, pour que notre personne prenne un sens, il faut faire un lien entre nos comportements et nos pensées. Ce n’est pas facile de faire des liens entre nos pensées et nos comportements passés ou futurs. 

Les forces stabilisatrices externes

David Premack est un spécialiste de l'intelligence animale. Il est surtout connu pour ses études de l'apprentissage du langage chez les singes. Il propose que la grande variance qui est possible chez les humains peut poser des problèmes sérieux au niveau de la cohésion sociale, hors nous n'avons pas tant de problèmes à ce niveau.

Il propose que, oui, les humains sont plus différenciés que les autres espèces animales ne le sont. Premack reconnaît qu'il n'a pas de bases expérimentale pour le démontrer. Il énonce l'idée sur la base que plus un organisme est complexe, plus il y a place pour des variations. Comme l'humain est plus complexes, il varie plus. Nous savons que l'enfance des humains est longue et qu'il arrive en ce monde moins bien équipé que les jeunes d'autres espèces.

Cependant, dans les société humaines, le pouvoir a historiquement eu tendance à se concentrer dans les mains que quelques uns. Par exemple, le travail existe chez les insectes et dans les société humaines selon O.E. Wilson. C'est presque unique dans le monde animal. Il suppose que c'est le résultat du contrôle des uns par les autres, et même du contrôle de chacun uns par l'ensemble de la société dans un milieu plus démocratique.

Premack propose 4 mécanismes qui aident les société humaines à se tenir en limitant les variations individuelles.

1 - Premièrement, les humains ont tendance à imiter, à faire comme les autres. Lui qui a élevé des primates dit que les primates élevés dans la nature n'ont pas autant tendance à imiter que ceux qui sont élevés par les humains. Si la société humaine encourage l'imitation chez les primates, c'est un trait proprement humain et imiter donne de la cohésion dans un groupe.

2 - Deuxièmement,  les humains enseignent et c'est essentiellement notre façon institutionnalisée de montrer à faire les choses comme tout le monde.

3 - Tertio, les humain partagent souvent leur expérience. Les étudiants qui arrivent dans le milieu du travail doivent apprendre que c'est bien de copier les meilleurs de la classe. Évidemment, le langage favorise beaucoup ces échanges et cela se fait aussi au niveau émotif. Premack donne l'exemple des jeunes enfants qui découvrent un ourson et qui incitent les autres à partager leur excitation.

4 - Enfin, quatrièmement, Les humains ne sont pas aussi créatifs qu'ils le pensent. Ajoutons que le mot créativité date de 1920 et que le terme est du à Karl Jung. Très rapidement, le concept est devenu populaire. Nous valorisons la créativité, mais le conformisme est plus la norme dans la majorité des société humaines.

L'effet des experts

L'effet des experts est un autre mécanisme auquel Premack s'attarde rapidement dans cet article. Une minorité invente ou découvre des choses dont la majorité profite. Dans le monde du travail, c'est capital. Les entreprises qui parlent de leur capital intellectuel réfèrent à ce phénomène.

Ceci va tout à fait dans le sens des idées de Lev Vygoksky. Pour lui, l'intelligence est une affaire collective. Le développement des habiletés supérieures des personnes se fait dans un contexte social et la théorie de Vygotsky a elle même été développée dans le contexte particulier d'un état marxiste. Pour les rendre heureux, il fallait s'occuper de la psychologie des travailleurs. Dans cette perspective, la société a un rôle formateur important sur le développement de l'individu. Le langage est un bon exemple de mécanisme par lequel la culture devient une part de la nature des individus.

Par exemple, Singer a mis en marché des premières machines à coudre vers 1850 et il les produisait en série. Dix ans plus tard, il y avait de ces machines au Népal, un coin perdu. La façon de faire les vêtements a changé en quelques années sur toute la planète et la mode s'est ajustée aux possibilités de la technologie. De la même façon, le rasoir à lames de Gillettte a fait disparaître les moustaches qui étaient moins faciles à tailler avec ce rasoir qu'avec les anciens.

Encore, quand Verdi sortait un opéra vers la même époque, il était joué à New York la même année s'il avait connu du succès en Italie. Tout ceci se passait avant la mondialisation et a eu des effets très diffus et très larges. L'effet que le livre et l'alphabétisation peuvent avoir sur la diffusion des connaissances et le développement de la rigueur intellectuelle ont été déjà largement documentés. Au-delà des technologies, les idées et les coutumes ont été souvent initiées par quelques personnes et c'est toute la société qui en profite. Pour la majorité des gens, adopter ces nouveautés est plus un acte de conformisme qu'un acte de créativité.

Notre culture produit probablement plus de gens créatifs et capables de réinventer la roue que les cultures traditionnelles. Malgré les efforts dans ce sens, une majorité de gens demeurent conformistes et c'est seulement une minorité qui atteint un niveau de créativité. De plus cette créativité des personnes est généralement spécifique à certains domaines. Le programmeur capable d'améliorer des logiciels est souvent un homme bien ordinaire sur d'autres plans. Il y a donc une spécialisation de la créativité et même les gens créatifs dans une contexte spécifique donné ne le sont pas dans tout ce qu'ils font. En fait, c'est en spécialisant cette créativité, en la canalisant d'une façon socialement utile, que la société profite le plus. On peut valoriser les originaux et des créateurs, ce qu'ils font n'a pas nécessairement d'impact sur les autres. Par contre, quand il y a des créateurs, ils peuvent faire que d'autres adoptent leurs idées et en produisent peu.

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