Remonter

 

L'engagement militaire

 

"Oh Héraclès, c'est la fin de la valeur de l'homme" Archidamas, roi de Spartes la première fois qu'il vit une catapulte en Sicile.

 Ces quelques pages d'histoire militaire tentent de montrer comment les soldats ont changé à cause de la nature de leur engagement guerrier, à cause de la mécanisation de la guerre.

Les travailleur se divisaient il n'y a pas si longtemps entre ceux qui pensaient et ceux qui exécutaient. Pour les militaires, la clivage officiel était plutôt entres ceux qui voulaient se battre et ceux qu'il fallait contraindre à se battre. Malgré les langages différents, ce clivage dans chacun de ces deux milieux se ressemblaient. Dans les deux cas, les traits de l'officier ou du patron engagé ont été démocratisés. Ces traits qui étaient réservés à un petit groupe, une élite, sont devenus l'idéal du travailleur et du soldat actuel.

Un officier doit savoir obéir, mais aussi quand désobéir aux ordres. Par exemple, un lieutenant, un "lieu-tenant", peut décider d'abandonner une position. Dans la vision traditionnelle, le soldat est un exécutant qui doit avoir automatisé les gestes qu'il doit faire. En situation de combat c'est difficile de penser. La fatigue, la peur, la faim et le coeur qui bat à tout rompre fait que les soldats font ce qu'ils ont automatisé. L'officier pense et le soldat obéit. La même structure a été la norme dans les industries avec le Taylorisme.

Churchill a dit que des batailles militaires ont été gagnées sur les terrains de jeu de Eton, une école réservée à l'élite anglaise. Le sport a été une préparation à la guerre et bien des sports imitent la guerre.

Au début de la première guerre mondiale, des officiers français ont avancé vers l'ennemi le sabre au clair. C'était un spectacle très noble, mais bref. Les mitrailleuses étaient précises et crachaient sans arrêt. Il a fallu se terrer comme des rats. Il a fallu des millions de cadavres pour que les chefs modifient leur credo qui disait qu'un élan vital pouvait venir à bout de forces supérieures. Les images d'Hollywood ne sont pas réalistes, même quand elles montrent beaucoup de sang. durant la seconde guerre mondiale, 15% des soldats faisaient usage de leurs armes contre l'ennemi à un moment donné. Chez les troupes d'élite, ce pourcentage montait à 30%. Un chef qui pouvait motiver les troupes avait effectivement un effet décisif.

La ligne de front durant la grande guerre était continue, presque infinie. Les contournements étaient impossibles. Les trains apportaient hommes et matériels facilement là où ils étaient requis. Les blindés ont fini par donner l'avantage aux alliés dans des attaques frontales. La technologie a donc été décisive et ce fût de plus en plus vrai. Jusqu'à devenir la seule vérité avec la bombe atomique.

Dans presque toutes les sociétés, la capacité de combattre a été au coeur de la culture. Faire la guerre a toujours été plus valorisé que le travail. Depuis que la guerre est technologie, le vocabulaire du travail est appliqué à la guerre. Un fantassin qui va au régiment en 2003 annonce à sa femme qu'il va travailler. Pour comprendre l'importance des valeurs militaires, il faut revenir quelques années en arrière. Pour comprendre comment le courage était valorisé, il faut revenir à l'époque où il était au coeur des doctrines militaires.

Les militaires et la technologie

" Passons à la question des remparts. Ceux qui viennent dire que les cités ayant des prétentions à la valeur militaire n'ont pas besoin de posséder de remparts, soutiennent une opinion surannée, et cela, tout en constatant que les cités qui s'abandonnent à cette vanité puérile reçoivent des démentis de la part des faits. Assurément, contre un ennemi de valeur égale et légèrement supérieur en nombre, il n'est pas très beau de chercher son propre salut à l'abri des murailles fortifiées. Mais il est possible aussi, et il arrive en fait, que la supériorité des assaillants devienne telle qu'il soit au-dessus des forces humaines et de l'héroïsme d'un petit nombre de résister ; si l'on veut alors que la cité survive et ne subisse ni revers ni outrage, on est bien obligé de penser que les remparts les plus solidement fortifiés constituent la protection militaire la plus sûre, surtout à notre époque où les inventions dans le domaine de la balistique et des engins de siège ont atteint une grande précision. " [Aristote, Politique, VII, 11, 1330 a, trad. J. Tricot]

Aristote et les guerriers de son temps ne semblaient pas valoriser les bonnes défenses, ni les techniques. Nous avons maintenant des armées qui dépendent beaucoup de la technologie. Il faut des avions avec le dernier système radar...

Le cas du sous-marin est intéressant pour montrer la résistance des militaire aux techniques au XIXème siècle. Les officiers n'aimaient pas au début ces navires sur lesquels ce n'était pas possible de réunir l'équipage chaque matin. C'ést une tradition navale de saluer le capitaine et ceci semblait essentiel à la cohésion de l'équipage. Dans un sous-marin, l'espace était si réduit que les officiers étaient trop proches des marins à leur goût. Dans les entreprises modernes, comme dans les sous-marins, la distance sociale entre les chefs et les subalternes est bien moins grande qu'avant.

Les films comme Das Boot ou U-471 montrent des officiers qui partagent la vie des hommes tout en essayant de garder une distance émotive. Les avions de type bombardiers ont aussi forcé les commandants à vivre avec les subalternes. Ces subalternes étaient souvent techniquement qualifiés. Ils devaient avoir, comme spécialistes, une bonne part des attitudes des officiers. Leur grade reflétait cette expertise. Par exemple, un médecin militaire est nécessairement un officier.

Le cas Patton

Le général George S. Patton, héros américain des deux guerres mondiales, a exprimé ainsi l'effet de la formation à l'école des officiers de West Point : "Ce que West Point fait c'est une âme. Nous, les gradués, somme efficients parce que nous n'y pouvons rien. Nous ne fuyons pas parce que nous avons bien plus peur de notre conscience que de l'ennemi. Une âme ne se fait pas en une ou deux années." The Patton Papers p. 760 ; What West Point makes is a soul. We the graduates are efficient because we can't help it. We don't run away because we are a lot more afraid of our own conscience than we are of the enemy. The Soul cannot be built in one or two years."

Il avait été éduqué par ses parents et sa formation comprenait les classiques et les langues. Ses parents étaient riches et éduqués. Ils vivaient sur un immense ranch où le fils faisait de l'équitation. L'école militaire de West Point a été sa première école. Il est devenu un expert technique des chars, des débarquements et des combats dans le bocage normand, les combats les plus difficiles de la dernière guerre. Il avait même conçu un sabre pour conserver cet encombrement à une époque où c'était devenu un poids mort selon les officiers. Il se disait un anachronisme vivant car sa vision de la guerre était celle d'une autre époque. Il valorisait le courage et l'attaque à outrance. Il a proposé de garder le sabre parce qu'il faisait peur à l'enemi, même si plusieurs considéraient que c'était devenu un poids inutile.

Patton a été un héros lors des deux guerres mondiales. Il est connu pour son action avec des blindés durant la seconde guerre mondiale. Pourtant, il avait aussi mené la première attaque américaine avec des blindés lors de la première guerre mondiale, à St-Mihiel. Il a eu deux médailles très prisées ; un exploit très rare. Il a mené ses blindés à la bataille. Il s'était placé devant ses blindés pour les diriger, pour identifier les cibles allemandes, comme un chef devait le faire dans l'antiquité ou au Moyen-Age. Il a été réprimandé pour cela la première fois, mais il a eu du succès. Il a été blessé gravement à ce jeu la deuxième fois, mais les grands risques qu'il a pris ont porté fruit. Il a commandé directement l'attaque comme un chef militaire devait le faire à l'époque où le chef n'avait rien de plus à faire quand l'attaque était lancée que de diriger l'action immédiate.

La détermination et l'audace lui semblaient plus critiques que les techniques. Du moins, elles convenaient plus à son caractère. Il croyait encore à l'audace et à l'élan vital. Patton était un as du polo et de la discipline. Patton a passé l'entre deux guerres dans la cavalerie. Féru d'histoire militaire, il avait inventorié presque toutes les batailles depuis l'antiquité. Il pensait que les armes avaient fait rarement la différence. La leçon de la grande guerre a pourtant été que la technique est primordiale. C'est pourquoi il se disait un anachronisme vivant.

Discipline versus engagement personnel

Quand il dit que sa formation a développé sa conscience, Patton met le doigt sur la source traditionnelle de la détermination des officiers, et aussi des soldats dans bien des cas. En fait, bien qu'il se définit comme soumis à un contrôle moral, comme les autres officiers, toute la vie de Patton montre qu'il a eu l'occasion de s'engager très librement dans la carrière militaire et d'adopter sans contrainte cet idéal.

Dans le film biographique intitulé Patton, au moment où il est subalterne de Patton, le futur général Omar Bradley dit à Patton : "La différence entre nous c'est que je fais ce métier parce qu'on me l'a montré, alors que toi tu le fais parce que tu aimes ça". Bradley reconnaît l'engagement de Patton comme étant plus personnel que le sien. Patton malgré sa déclaration d'avoir été formé, a choisi librement cet idéal. Il était riche et il n'est pas allé à l'Académie militaire pour avoir un travail.

Durant la première guerre, il avait formé ses équipages de chars à ne pas se rendre. Il voulait que l'ennemi pense que les chars américains ne se rendaient pas. Il voulait exercer un commandement immédiat comme cela était nécessaire à une certaine époque, bien que la présence du chef sur le champ de bataille était à deux tranchants. Il pouvait inspirer les troupes, mais il pouvait aussi les décourager s'il était blessé ou tué.

Durant la deuxième guerre, Patton a giflé un soldat hospitalisés qui avait la malaria, mais pas de blessure apparente. Il en a blessé un autre à qui il reprochait aussi d'être lâche. Patton était donc un modèle d'internalité et il était le général favori des américains jusqu'à ces événements.

En 2003, le secrétaire américans Rumsfeld a rejeté l'idée d'une conscription à la veille de la guerre prévue en Irak. Il a froissé les vétérans qui ont été de bons soldats, tout en étant des conscrits. Rumsfeld a indiqué indirectement que des volontaires étaient préférables aux conscrits. Durant la guerre d'Algérie, les militaires français identifiaient systématiquement les unités comme des unités d'engagés ou des unités de volontaires. L'internalité est au coeur des préoccupations des officiers modernes. Grâce à des études psychologiques, le pourcentage de soldats qui utilisaient leurs armes contre l'ennemi était de 50% à la guerre de Corée.

La supériorité par le savoir

Battus sur le terrain en 1806 a Iéna, les allemands, sous l'impulsion du Kaiser lui-même, ont proposé de tabler sur l'éducation pour obtenir la force morale qui était si essentielle lors des combats.

Les allemands ont voulu créer des gardiens de la culture. Ces gardiens pouvaient devenir des militaires dévoués au besoin, mais leur formation était à l'origine humaniste et très libérale. Ils ont crée, sans le désirer, la recherche universitaire et favorisé l'apport technologiques que les sciences pures pouvaient apporter. La technique n'y prenait pas beaucoup de place au départ, mais la recherche suscité par les universités allemandes demandait des efforts et une ascèse que les militaires appréciaient. Les étudiants choisissaient les sujets et participaient aux rcherches librement et activement.

Le chemin inverse a aussi existé. Par exemple, vers 1875, le japonais ont fait des savant avec leurs samouraïs. Les autorités ont reconnu que ces hommes déterminés avaient le caractère pour faire des études longues et difficiles. Ils ont eu pour mandat d'étudier les sciences occidentales et de contribuer par des connaissances à la puissance du pays de la même façon qu'ils avaient contribué par les arts martiaux. Les japonais ont copié le modèle allemand et importé quelques savants, surtout des allemands.

La formation intellectuelle allemande était presque une ascèse. Voici un exemple extrême : jusqu'à la seconde guerre mondiale, les officiers qui passaient par l'école de l'État-major avaient la réputation de ne plus jamais rire du restant de leur vie. Cette éducation permettait donc l'internalité, un sens personnel du contrôle. Cette internalité a d'abord été le lot des officiers, mais elle s'est démocratisée. Voyons comment au plan historique.

La guerre de 7 ans.

Vers 1780, au moment de la guerre de 7 ans, les soldats de Frédéric II de Prusse avaient le réputation d'être les plus disciplinés d'Europe. Ils faisaient merveille dans des batailles en rangée. Les soldats étaient flanqués par des cavaliers et poussés vers l'ennemi par des sergents (des serre-gens!).

Marcher au pas était, et est encore, la base de la formation militaire. Les cadets militaires et les nouveaux soldats apprennent encore tous à marcher en rang, à saluer et à cirer leurs bottines. Pour bien des gens, cette discipline est encore l'essentiel d'une bonne formation. Pour les tenants du service militaire obligatoire, c'est la façon de faire des hommes avec des enfants. Dans les société traditionnelles, il y a des rites de passage semblables pour les garçons. Ils cessent de vivre avec les femmes et ils se font une place chez les hommes. Les français ont eu le général Martinet qui a laissé son nom à un instrument de discipline. Il était un expert des mouvement précis en formation.  Les chefs d'État qui visitent un pays ont généralement une occasion de faire le revue de troupes bien disciplinées portant un uniforme spectaculaire.

Le schème des officiers qui pensent et des soldats qui obéissent a ét poussé loin. Frédéric II voulait que ses soldats craignent plus leur officiers que l'ennemi. Ainsi, les soldats marcheraient vers l'ennemi. Si les rangs se disloquaient, les soldats qui chargeaient leur mousquet au son du tambour et qui tiraient au signal perdaient toute cohésion. Il fallait tirer le premier coup au bon moment et inviter l'ennemi à tirer le premier n'était pas de la galanterie. C'était critique de tirer à la bonne distance car les soldats marchaient au pas et la précision était meilleure au moment de la riposte. Une fois rendu face à face, le tout se finissait à la bayonnette. Il fallait garder les troupe en rangs jusqu'au dernier moment. Une fois la bataille engagée à la bayonnette, les soldats n'avaient guère le choix que de se battre pour gagner.

Quant aux officiers, ils étaient formés au niveau moral plus qu'au plan technique. Ils apprenaient des techniques comme attaquer à la cinquième barre du jour et à évaluer la distance pour atttaquer au bon moment. Ils devaient surtout savoir commander et avoir le sens de l'honneur. Par exemple, se battre en duel et porter une cicatrice faisait chic.

A la première occasion, les soldats capables de se battre en rangs prenaient la poudre d'escampette s'ils n'étaient pas bien encadrés. La présence d'un officier était donc nécessaire. Le sens du commandement était l'essence de l'autorité et même de l'homme.

L'entrée en scène des citoyens libres

Les soldats de Napoléon pouvaient combattre dans des forêts et participer à des feintes. Ce n'était pas nécessaire de les contenir autant et ils devenaient imprévisibles. Prendre des initiatives dictées par le terrain et les circonstances ne se faisait pas avec des soldats comme ceux que les rois pouvaient obtenir. En 1806, à Iéna, les allemands ont affronté des forces faites des citoyens libres que Napoléon motivait avec des médailles et des appels à la gloire.

Cé fût pour les allemands une déconfiture. Napoléon ne pouvait contraindre les citoyens français de la même façon que Frédéric de Prusse le faisait, mais l'ensemble des solutions originale qu'il proposa lui permirent de conquérir une bonne partie de l'Europe. Sa méthode permit simplement de supplanter les autres armées d'Europe. Les allemands devaient donc réagir et obtenir d'une certaine façon cette détermination au combat que les français appelaient l'élan vital. De la même façon que les entreprises modernes n'ont pas le choix que de compter sur des employés autonomes et capables de prendre des décisions. La technologie oblige les employeurs à déléguer la décision à la personne la plus capable de faire les bons choix.

Rapidement les militaires américains ont appris à déléguer les décisions lors des débarquements qu'ils ont mené dans les îles du Pacifique. La personne qui pouvait faire les bonnes décisions se trouvait à terre, pas sur le gros navire amiral à 15 milles de là.

La révolution de Napoléon

L'organisation militaire développée par Napoléon permit éventuellement de supplanter les autres armées d'Europe. Il accorda beaucoup d'importance aux techniques et de l'importance à motiver les soldats.

Il ne pouvait contraindre les citoyens français de la même façon que les rois pouvaient contraindre leurs sujets. Ils avaient toute discrétion pour mener la guerre. Les rois pouvaient engager des mercenaires ou forcer leurs citoyens à combattre, mais la patrie devait être défendue par des hommes libres. Ceci a été compris en 1792 quand les dirigeants des autres pays d'Europe ont eu peur que les idées de la révolution ne se répandent. En même temps qu'ils rédigeaient leur constitution, les révolutionnaires ont dû défendre la république.

Il motiva aussi les troupes en parlant d'honneur à tous les soldats. Il donna des examens de compétence aux officier et il les obligea à 2 ans comme soldat avant de devenir officier. Avant ce temps, il fallait être noble pour devenir capitaine et souvent acheter le poste. La compétence était moins importante dans ces conditions.

La légion d'honneur est un moyen de récompenser qu'il inventa et qui a encore du succès. Les officiers qui avaient passé 2 ans dans les rangs etaient plus proches de leurs hommes. Il essaya de rendre chaque soldat fier de combattre et de réduire l'écart psychologique entre les officiers et les soldats. La guerre était devenue complexe et les officiers pouvaient prendre des décisions critiques une fois la bataille lancée. Dans d'autres cas, des officiers sont montés à la bataille devant les troupes.

Les français appelaient l'élan vital cette détermination à se battre et les hommes libres de cette démocratie s'engagèrent à fond. A certains moments, ils désertèrent Napoléon, mais c'était entendu qu'à la première occasion les soldats capable de se battre en rangs prenaient la poudre d'escampette. A d'autres occasions, il ont eu le dessus sur des forces supérieures.

Du côté technique, Napoléon a établi des réseau de communication par télégraphe (signaux visuels) à travers l'Europe et fait faire des cartes fiables. Il utilisa la boîte de conserve et étudia la machine a vapeur pour tirer les canons. Napoléon surveillait les comptes de près et il mit aussi sur pied un code civil, tout ceci en quelques années. La notion de technique doit ici être comprise au sens large et il se donna des outils administratifs remarquables.

Les avantages des armées de Napoléon étaient donc basées sur la psychologie de ses soldats, sur leur liberté comme citoyens et sur leur engagement, ainsi que sur l'utilisation organisée de techniques et de principes nouveaux d'organisation. Durant 100 ans, la force des armées françaises a été ce qu'on appelait l'élan vital, mais les techniques ont été de plus en plus essentielles à l'effort militaire. En 1914, tous les quartiers généraux avaient des experts dans les mouvements des trains.

Les valeurs militaires et la technologie

Revenons au général Patton, l'anachronisme vivant. Il connaissait chaque général de Napoléon et il avait étudié le caractère de chacun. Il avait établi un lien entre les manoeuvres de chacun durant les grandes batailles et le caractère de ces généraux. Les officiers savaient juger le moral des troupes.

Les budgets militaires américains ont été bien limités entre les deux guerres, surtout durant le dépression.  Les chevaux coûtaient moins cher que les blindés. Durant la dépression, en 1933, Patton a mené sa cavalerie contre des vétérans de la première guerre qui réclamaient de l'aide à Washington. Le grand rassemblement a tourné à l'émeute, mais elle a été contenue rapidement. Patton a eu l'occasion de jouer au Polo et de faire des parades. Il commandait une unité de parade à Washington où les exigences sociales du poste avaient ruiné plus d'un officier. Il a eu le poste parce qu'il avait de l'argent de famille, mais il avait aussi ce qu'il faut pour avoir des troupes irréprochables.

En fait, les allemands ont adopté l'idée des anglais qui ont développé le tank. Plusieurs experts avaient compris dès 1918 que la guerre suivante serait mécanisée, mobile. et que les blindés seraient importants. Par exemple, De Gaulle en France enseigna cette théorie à l'école militaire. Il avait publié sur le sujet. Il y eût un débat, mais son point de vue ne fût pas retenu.

Les militaires américains ont discuté jusque vers 1939 s'il fallait garder la cavalerie ou passer aux blindés. Patton personnifie ce débat de l'époque dans le sens où il est devenu un expert des blindés et des débarquements amphibies. Dans ce cas, l'expertise technique est capitale. Il faut organiser le ravitaillement et planifier les opérations dans le détail. C'est un travail de production technique comme l'organisation d'une usine ou une construction.

Cependant, son coeur était encore avec les chevaux et la main armée qui demande du courage. C'est le Congrès américain qui poussa résolument les militaires du côté des technologies. Ils mirent les chevaux à la retraite juste avant 1939 et ils eurent des budgets pour s'équiper. Les aviateurs et les marins, comme le général Billy Mitchell aux USA, étaient déjà définitivement axés sur les technologies. Les Allemands aussi avaient compris l'avantage des techniques. Ils ont tablé sur les tanks, les sous-marins et l'aviation.

Devant la guerre éclair pratiquée par les allemands en 1936, les militaires américains ont misé très rapidement sur les technologies à partir de 1938. De leur côté, les français ont tablé sur la ligne Maginot en 1927. C'était la mauvaise technologie, mais c'était au moins une technologie avancée pour l'époque. Les forts de la ligne étaient autonomes comme des sous-marins et des blindés. Ils ne bougeaient pas et c'était possible de les contourner.

Donc, les militaires du XIXème siècle ne partageaient pas tous encore l'enthousiasme de Napoléon Bonaparte pour les techniques. En fait, les militaires ont souvent résisté aux technologies qui faisaient ombrage aux vertus militaires. Bien des observateurs ont noté que c'est différent de larguer des bombes et de trancher un ennemi en deux. Les duels étaient annoncés dans les journaux au XIXème siècle et il était compris par beaucoup de gens comme un exercice préparatoire à la guerre.

Les vestiges des vertus militaires

Si les militaires ont longtemps résisté aux technologies. Les combats au sabre les yeux dans les yeux ont encore beaucoup de succès dans les films d'action. La grande finale entre le bon et le méchant se déroule souvent d'une façon qui ne déplairait pas aux chevaliers du Moyen-Âge. La force physique et le courage n'ont plus la cote depuis que la guerre se fait à distance. Il faut être en santé, mais pas si fort.

Les nobles chevaliers détestaient les arbalétriers qui avec leur engins pouvaient tuer des nobles comme des manants. Le pistolet a tué le duel quand il a été assez précis pour enlever à l'exercice le sens qu'il avait autrefois. Les militaires modernes font beaucoup de formation technique et le langage agressif des militaires n'est plus à la mode. Il faut lire la description de tâche d'un fantassin dans la Classification nationale des professions pour comprendre comment on peut dire sobrement le plaisir de trucider un ennemi.

Le Fair Play du sport s'appelait la galanterie chez les soldats. Le polo était un jeu qui préparait à la guerre la cavalerie. Beaucoup de sports ont encore cette fonction, comme le football américains qui est une guerre de tranchées.

Le héros moderne

Le héros moderne est rendu bien différent du héros antique.  Dans les pièces classiques, le héros est pris entre ses sentiments et le sens du devoir. Quand la pièce est morale, et toutes celles qui ont survécu au temps le sont, le héros se range finalement du côté de la raison. Parfois la chance lui permet de réconcilier l'irréconciliable. Le héros antique es t bien socialisé, mais le héros moderne mène son propre combat. Il a une grande force de volonté et des ressources personnelles et des techniques.

On oublie généralement que le héros a acquis ses compétences grâce à des institutions. Les films d'action américain typiques commencent souvent par le développement rapide d'une bonne excuse qui sert à pardonner le héros pour les massacres dont il se rend coupable ensuite. Non seulement le héros moderne n'est-il pas soumis à sa famille ou à sa patrie, mais il est souvent marginal comme Rambo. Pourtant, l'introduction montre aussi les conditions dans lesquelles il a acquis sa compétence technique. Généralement, le héros a acquis ses compétences grâce à des institutions. Parfois, il les a poussées plus loin grâce à un engagement personnel.

Souvent, il défend ou venge des proches envers lesquels il s'est engagé. Le policier ou le soldat qui défend son partenaire; celui qui venge ses enfants revient souvent dans les scénarios d'Hollywood. Les structures sociales abstraites et les normes ou les idées ne sont plus importantes dans bien des cas. Les grandes idéologies ont perdu des plumes dans la deuxième partie du XXème siècle. Les partis politiques ne proposent pas des étiquettes claires comme socialiste, communiste...

Les personnages ennemis importants ont une psychologie, du caractère, pouvoir et du leadership. Il sont habiles, mais ils visent des objectifs répréhensibles et égoïstes. Souvent, il a sa propre institution. Le méchant de la série James Bond a son armée personnelle. Le chef des méchants a sa psychologie et ses motifs. Par exemple, le cas du savant fou qui veut détruire le monde est souvent de mise.

Il est pourtant entouré de plusieurs spécialistes qui ne semblent pas avoir de sentiments. Des lieutenants ont un statut intermédiaire. Par exemple le costaud Jaws sert activement le patron des méchants pour des raisons particulières. Ce géant Jaws dans la série des James Bond a des motivations, et même des émotions à un moment donné.

En conclusion, le courage de la main armée à cédé le pas à l'opération courageuse de machines sont les capacités techniques sont décisives. Les militaires continuent de valoriser le courage et la galanterie, mais les nouvelles armes ont souvent eu des effets dévastateurs en plus d'avoir un effet de surprise important. Dans la mesure où un soldats opère une arme critique, il doit avoir les qualités qu'on exigeant des officiers. Il faut des soldats techniquement compétents, ce qui ne s'improvise pas et aussi très fiables. On donne le statut d'officier aux militaires qui opèrent les armes les plus critiques, l'avion chasseur par exemple, mais il y a une limite a ce jeu.

Remonter