Remonter
Hippocrate

 

L'influence médicale

 

Les tests psychologiques et les tests médicaux

On questionne beaucoup les tests psychologiques et ouvertement. Les psychologues expliquent publiquement comment valider leurs tests et ils ouvrent la porte aux questionnements. Toutes les consignes de précaution et de prudence font qu'on pense souvent que les tests des psychologues sont mauvais. Plus mauvais, c'est par rapport à quelque chose et ce quelque chose est souvent la norme médicale. La perception du public est bien différente dans chaque cas. Pourtant, leur valeur est généralement équivalente.

D'un côté, on pense que les tests des médecins sont très bons. Généralement, c'est sans avoir de bonnes raisons et leur validité est rarement soulevée. Les médecins utilisent ce qu'ils ont de mieux sous la main et ils ne discutent pas de leurs outils.

L'American Psychological Association a un groupe qui étudie les outils d'évaluation. Ce comité a comparé les outils des psychologues avec les outils dans d'autres disciplines. Les résultats sont dans la revue American Psychologist (Vol. 56, No.2) sous la signature de plusieurs auteurs (Meyer et al.). La première conclusion c'est que les psychologues n'ont rien à envier aux autres domaines. Dans le cas des comparaisons avec la médecine, les différents tests n'ont pas tous la même validité évidemment. Ils donnent comme exemple du test de Pap pour détecter les problèmes au col de l'utérus (cervix) qui se compare à la capacité d'un test connu pour détecter la dépression ou la psychose.

Il y a des tests communs aux deux disciplines et ils se comparent aussi souvent en qualité. Il y a des tests neurologiques pour détecter la démence et aussi des tests psychologiques. Les deux types de tests sont aussi bons. Cependant, ils sont souvent basés sur des logiques différentes et il ne faut pas les confondre.

La confusion des genres

Plusieurs experts de la psychologie dans le domaine de la personnalité ont été des médecins. Par exemple Harry Stack Sullivan et Carl Jung. Il étaient psychiatres et ils n'étaient pas nécessairement considérés comme des théoriciens de la personnalité au moment où ils ont travaillé. Par exemple, Freud traitait des clients. Ses idées qui ont eu de l'impact dans beaucoup de domaines, mais plus tard.

L'idée qu'on pouvait comprendre les gens normaux à partir de la minorité qui ne fonctionne pas n'est pas entièrement dénuée de fondements. Ainsi, les manufacturier automobiles envoient des équipes dans les dépotoirs de voiture pour savoir quelle défectuosité a mis fin à la vie utile de la voiture. Ils dépensent plus d'argent dans les courses pour développer des produits nouveaux. Il est maintenant établi que la performance au travail n'a pas grand chose à partager avec la pathologie. Malgré ce constat, les idées de la clinique sont tenaces.

Freud a beaucoup fait appel à de mythologies et Jung a insisté sur l'importance du fond culturel de notre culture. Ils ont véhiculé en médecine des mythes antiques qu'ils sont expliqué avec des notions de biologie. Des psychologues les ont ramassés comme d'autres et ils ont exploités ces mises à jour de mythes. Dans ce processus, ces mythes ont repris de la vigueur et le monde clinique a souvent nui à l'avancement de la science. Toutes les vieilles théories ne sont pas sans fondements. Par exemple, Hippocrate disait des choses que les chercheurs récents ont en partie confirmé.

La création des maladies mentales

Parmi les plus grands critiques que la psychiatrie il y a les spécialistes de la psychologie sociale qui voient que les maladies mentales sont en bonne partie des créations de la société. Par exemple, le syndrome du stress post-traumatique est décidément une création sociale bien documentés.

www.spiked-online.com/Printable/0000000054B0.htm

La dépression a été aussi créée. Pour les tenants des approches constructivistes, une bonne part de notre réalité est acquise plutôt qu'innée. Ce n'est donc pas surprenant. Ce n'est pas surprenant non plus que la médecine joue un rôle afin de maintenir les structures sociales, de soutenir l'autorité.

Le problème de la pensée catégorique

Il y a aussi une insatisfaction dans le monde médical au sujet de la façon de définir les maladies mentales, non pas certaines, mais la méthode à la base de la pensée médical, le processus d'évaluation qui tente simplement de catégoriser les problèmes.

http://www.apsa-co.org/ctf/pubinfo/hoffman14.htm

"psychiatrists have for too long been satisfied with assessments of human problems that generate only a categorical diagnosis followed by a prescription for medication." L'auteur, Leon Hoffman, est , un responsable de la société psychanalytique de New York. Il cite Paul McHugh, the Henry Phipps professor of psychiatry à  la Johns Hopkins University School of Medicine, qui a écrit in "How Psychiatry Lost its Way" (Commentary, 12/99)

Dans l'article précité, Hoffman se plaint de l'évolution du système de classification des maladies mentales qui a permis de multiplier les catégories cliniques. Il impute cette tendance aux recherches subventionnées par les compagnies pharmaceutiques qui créent des maladies quand elles établissent des différences entre deux groupes expérimentaux qui ont pris un médicament pendant quelques semaines. Le traitement est devenu la façon de définir la maladie, qui est une aberration.

L'impérialisme des grandes théories

De son côté, Allan Hobson un psychiatre de Harvard a publié "Out of Its Mind: Psychiatry in Crisis: A Call for Reform, écrit avec Jonathan A. Leonard, (Perseus $17). Il explique comment la médecine a été déçue de la psychanalyse et c'est en bonne partie parce que tout devait être de nature psychodynamique.

"Over the years, psychoanalysis became "the god that failed." At the same time that many psychiatrists became disillusioned with psychoanalysis, they failed to pick up on its humanistic implications, the idea that people, on a one-to-one basis, could help each other. Finally, there's been the unwitting success of medication, which enabled psychiatrists to empty the mental hospitals without really caring for patients.

Q. Has psychiatry "lost its way" partly because of the economics of mental health financing? A. Oh, absolutely. The states no longer take responsibility for the mentally ill. There's a constant call for privatizing the care of these people, which is impossible. No one will ever be able to make any money off of this kind of business. It's silly. These people have severe handicaps. Even if they're walking around the streets on Thorazine or whatever, they're still very impaired people.

...

I think people became disillusioned with psychoanalysis, because it was, ultimately, a strange way of caring for people. There was this tendency in the psychoanalytic world to imply that everything was psychodynamic"

http://www.wetheliving.com/pipermail/psychology/2002-August/000162.html

Cette tendance à croire que tout est psychodynamique est un bon exemple de ce que nous appelons l'impérialisme des grandes théories. Quant au désengagement de l'État, nous le connaissons au Canada aussi. Si les médicaments font que les gens ne sont pas embarrassant ou dangereux pour les autres, cela suffit pour la société. Dans la mesure où c'est possible de faire plus, il y a désengagement.

Des asiles aux hôpitaux

Les malades mentaux ont d'abord été gardés dans des institutions où les médecins avaient un rôle limité. L'histoire de l'hôpital Robert-Giffard de Québec montre bien comment on a d'abord gardé les aliénés. Ils sont devenus ensuite des patients qu'on gardait tant bien que mal. Quand les drogues ont permis de modifier leur comportement, il a été possible de faire quelque chose. Ceci date de 1953 au mieux.

"Un tournant majeur dans le traitement des maladies mentales se produit au début des années 1950. Résultat de recherches soutenues et intensives, les neuroleptiques sont introduits à l'Hôpital Saint-Michel-Archange dès leur découverte et la physionomie de l'institution s'en trouve du tout au tout transformée. Il fallait voir certains malades sortir de leur torpeur et émerger d'un monde intérieur dans lequel ils s'étaient réfugiés depuis des années. Du coup, les médecins, les infirmières et le personnel hospitalier travaillent avec de nouveaux moyens à leur réadaptation et à leur réinsertion sociale."

Histoire du Centre hospitalier Robert-Giffard

 

En 1999, le penseur derrière le DSM, la classifiaction des maladies mentales des psychiatres, le psychologue Theodore Million, a proposé de traiter les patients en psychiatrie en tenant compte de leur maladie. Cette idée avait été oubliée par la psychiatrie avec le temps.

L'approche psychiatrique

En quoi donc consiste le fond de cette démarche médicale et en quoi dérange-t-elle celle de la psychologie?

Thomas Sydenham (1624-1689) est à l'origine de la démarche médicale. Elle provient de la botanique de Linnée. Linnée a établi la classification des espèces et il a défini qu'une espèce est faite des sujets qui peuvent se reproduire entre eux. Avant lui, il n'y avait pas de discontinuité claire entre les espèces animales ou végétales. Son approche a éclairci bien des choses dans la nature. Les chats se reproduisent avec les chats et les souris avec les souris. Cela nous semble normal, mais ce n'était pas le cas avant. Les sornettes au sujets de monstres, de croisements monstrueux commandés par le diable ont occupé bien des gens longtemps.

Depuis, la médecine a proposé que les maladies constituaient des entités qualitativement différentes comme les espèces. Évidemment, si les maladies sont qualitativement différentes, il y a un traitement pour chacune. Il faut identifier d'abord la maladie, trouver son espèce, et ensuite donner le traitement approprié. C'était un progrès important sur la médecine antique de chercher à identifier une maladie indépendante du malade. Ce fût un grand progrès parce qu’avant il y avait une tendance à penser que la maladie était propre au malade, unique à son cas.

En botanique, et dans les sciences naturelles en général, on cherche à établir à quelle espèce une plante appartient. Il n’y a pas de plantes entre deux espèces. L’espèce est définie par la possibilité de se reproduire et vous en faites partie ou pas.

La psychiatrie utilise aussi ces schèmes. Dans le cas des comportements, on peut effectivement penser qu'il y a des problèmes qui sont indépendants du malade. Par exemple, une drogue qui cause des hallucinations. Chaque patient n'a pas exactement les mêmes hallucinations, mais c'est secondaire et la drogue les cause. Dans d'autres cas, le fonctionnement particulier de la personne est plus important. Par exemple, Freud croyait à la nature idéogène de la névrose. Chaque névrose dépend des idées de la personne. On peut penser qu'elles varient beaucoup d'une personne à l'autre. Freud essayait de les retracer. S'il se donnait autant de peine, c'est qu'elles étaient différentes pour chaque patient. Ce qui est propre à la personne est important dans ces cas.

Pourtant, il proposait cependant toujours le même traitement pour les névroses. Comme si toutes les névroses étaient semblables. Le traitement était de trouver ce qui variait d'une personne à l'autre et ce processus était taillé sur mesure par un expert très spécialisé.

On peut vérifier la façon de faire des psychiatres en consultant le système de classification des maladies mentales, le DSM-IV, de L'American Psychiatric Association. Le système décrit des symptômes. Il est rarement question du milieu et des réactions du milieu. On cherche simplement a établir s'il y a syndrome ou non.

Si une personne présente assez de symptômes, on peut conclure qu'elle mérite une étiquette. Cette étiquette est une maladie qui est différente des autres. On parle peu de l'intensité du problème. Parfois on parle de la fréquence des comportements, mais il faut savoir s'il y a maladie ou non. Dans bien des cas (85%), une personne a plusieurs maladies avec le système DSM et ceci va à l'encontre de l'idée de base. Cette possibilité n'est simplement pas prévue en théorie, mais elle arrive très souvent. A partir de ce moment, la logique de base ne sert plus beaucoup et on gère le cas. On cesse de faire de la médecine pour régler un problème pratique. Si le gros bon sens prévaut à ce moment, c'est heureux.

Pour résumer, les médecins cherchent à diagnostiquer une maladie. Ils cherchent à savoir si le patient a la grippe ou la pneumonie. Ils ne cherchent pas à quantifier si la grippe est petite, moyenne ou grosse comme le font la majorité des gens. Vous avez la maladie ou vous ne l'avez pas. Quand vous en avez plusieurs, les choses se compliquent en pratique, mais la théorie est peu loquace sur ce fait. Cette approche médicale semble la plus valable dans le cas des psychoses et de la schizoprhénie qui seraient des entités, non pas une position extrême sur un continuum.(1)

La pensée psychologique

La psychologie a adopté très tôt des méthodes quantitative. Ils tentent de mesurer les phénomènes sur des échelles continues. Par exemple, pour dire qu'il y a un problème un peu, beaucoup ou passionnément on fera une échelle avec des chiffres 1, 2 et 3. Cela suppose des propriété comme passionnément est trois fois plus que un peu, ce qui est faux. Il y a des limites aussi à cette approche, mais elles sont connues. Elles mènent rarement à des situations totalement illogiques.

Pour les psychologues, les gens qui ont des difficultés sont situés aux extrêmes d'une caractéristique sur laquelle on peut placer tous les gens. Ils supposent une distribution normale, une distribution en cloche, et la majorité des gens sont près de la moyenne. Quand les gens sont aux extrêmes, leur comportement est particulier et leur ajustement plus problématique. C'est nécessaire de tenir compte du milieu pour décider si la personne est ajustée au pas.

Dans le domaine de la personnalité les psychologues mesurent des traits, ou des variables. Pour décrire une personne, ils mesurent tous les traits chaque fois. Ils s'attardent aux combinaisons entre les traits et à l'intensité de chacun. Pour eux, les personnes qui ont une certaine combinaison de traits ont des réactions similaires, mais le changement est une question d'intensité plutôt que de nature. Nous y reviendrons avec un exemple parce que ce n'est pas évident pour les gens qui n'ont pas une formation mathématique.

De plus, ils tiennent comptent de l'environnement. La personne fonctionne dans un environnement qui a un effet. Une personne riche qui se lave les mains 20 fois par jour avec un bon savon parfumé n'est pas nécessairement rejetée comme la personne pauvre qui a de la difficulté à se cacher pour le faire et qui a des gerçures repoussantes si elle se lave les mains à l'eau froide par temps froid. Dans certains métier, se laver si souvent les mains est encouragé et ce sera bien vu de se brosser longuement avant une opération. L'interaction entre la personne et son milieu est souvent importante et c'est le milieu qui définit la normalité ou non.

Un résultat extrême à une échelle peut suffire à expliquer que la personne est tenue pour anormale par le milieu. Si un bon nombre de personnes avec un résultat semblables sont tenues pour anormale, la probabilité est bonne qu'un autre sujet soit aussi considéré comme anormal. Le milieu a quand même le dernier mot et il conserve son autorité. L'approche psychologique peut difficilement servir à dire qu'une personne est normale ou pas indépendamment du milieu. Un psychiatre qui témoigne de la santé mentale d'un accusé devant la cour peut affirmer les choses avec plus d'autorité qu'un psychologue qui parle de probabilité et qui va refléter la position du milieu. Quand le milieu ne sait pas et qu'il demande le jugement indépendant d'un expert, l'approche psychiatrique tranche plus clairement.

Les psychologues présentent souvent les résultats d'une personne avec un graphique qui montre où se situe la personne sur plusieurs échelles. Ce ne sont pas les psychologues qui ont inventé ces graphiques, mais les phrénologues. Ces experts identifiaient les facultés des gens à partir des bosses sur le crâne. Il n'y a pas de lien entre la surface du crâne et le fonctionnement neurologique du cerveau à l'intérieur, mais l'idée a été populaire au XIXème siècle. Ces graphes donnaient une allure scientifique à l'activité de ces experts. Ils ont connu une popularité importante aux États Unis.

Un test psychiatrique ou psychologique?

Les deux univers se sont souvent mêlés et nous pouvons le voir en étudiant un inventaire de personnalité très populaire, le MBTI. C'est le test psychologique le plus utilisé en Amérique du nord et il est rempli chaque année par des centaines de milliers de personnes. Il mélange la pensée psychiatrique et la pensée psychologique d'une façon bien curieuse. Les échelles du tests sont faites comme la psychologie le dicte, mais elles sont ensuite ramenées à un état qui tient de la psychiatrie. Les mesures viennent en bonne partie de Carl Jung qui mélangeait aussi les deux formes de pensée.

L'idée que les gens avec des problèmes sont des cas extrêmes sur une dimension continue a donc été adoptée en psychiatrie, mais cela n'élimine pas les confusions. Les experts comme Theodore Millon disent que les gens se distribuent sur une variable, mais qu'il faut trouver le point sur la variable où les gens sont nrmaux d'un côté et anormaux de l'autre.

Les tests cliniques ont créé et véhiculé cette confusion. Les premiers tests de personnalité ont été faits de façon empirique pour des besoins de psychiatrie. Par exemple, le premier inventaire de personnalité était une liste de symptômes établie par des psychiatres pour identifier un problème. Le Woodworth Check List a été fait pour remplacer une entrevue avec un psychiatre durant le première guerre mondiale. Les items cochés étaient additionnés et la logique du système est fondamentalement psychologique. Le but étant de garder ou non une recrue, un point de césure a été établi et la pensée psychiatrique prenait le relais à ce moment.

L'idée que les gens avec des problèmes sont des cas extrêmes sur une dimension continue a aussi été adoptée en psychiatrie.

La pensée de Jung

Carl Jung voit le développement de la civilisation comme la différentiation des individus. Un rôle important des thérapeutes est d’aider les individus qui ont de la difficulté à s’épanouir. Il propose donc des mécanismes de différentiation. Sa psychologie est essentiellement dynamique.

Il dit souvent dans son texte que les types sont souvent difficiles à observer. Pour lui, le fait d’appartenir à un type n’élimine pas l’activation des processus moins actifs. C’est nécessaire d'utiliser tour à tour les différents mécanismes. C’est ce qui permet à l’individu de changer et c’est l’essence même de la personnalité que de changer et d’évoluer, mais à partir du jeu entre ses tendances et pour se différencier.

Il traite bien des fois des relations entre les processus d’extraversion et d’introversion, ses mécanismes préférés. Dès le deuxième paragraphe de l’introduction de Psychological Types[1], Jung écrit: «Since we all swerve rather more toward one side or the other, we naturally tend to understand everything in terms of our own type.»

A la page 6 (4 pages plus loin et l’avant dernier paragraphe), il reprend l’idée; «If one of these functions habitually predominates, a corresponding type results. I therefore distinguish a thinking, a feeling, a sensation, and an intuitive type. Each of these types may moreover be either introverted or extraverted, depending on its relation to the object as we have described above.

Il voit donc à certains moment des processus flexibles et à d'autres un type fixe mais ceci est différent pour les gens normaux et anormaux.

Les sujets normaux

Jung revient plusieurs fois sur la question des cas moyens. Par exemple, au chapître 10, il décrit des types extrêmes. Il distingue les introvertis et les extravertis par des cas extrêmes, ce qui a déjà été fait plusieurs fois avant. Everyone knows those reserved, inscrutable, rather shy people who form the strongest possible contrast to the open, jovial, or at least friendly and approachable characters who are on good terms with everybody, or quarrel with everybody, but always relate to them in some way and are affected by them.. Pourtant, juste un paragraphe plus loin, (p. 331), il precise:”…but always apparent when one is dealing with individuals whose personality is in any way pronounced. Such persons are found not merely among the educated, but in all ranks of society, so that our types can be discovered among labourers and peasants no less than among the most highly differentiated members of a community.

Un équilibre

Pour lui, une personnalité différenciée est le résultat d’une grande dynamique, mais une dynamique saine qui ne donne pas nécessairement lieu à des positions extrêmes, au contraire. La personne bien ajustée oscille constamment entre les deux processus de base et il observe ces deux processus de base dans le jugement, l’intuition et les autres aspects de la pensée.

Les sujets extrêmes pour Jung

Jung fait une différence entre les sujets moyens et ceux qui sont différenciés de la moyenne et pris dans un cul-de-sac. C’est-à-dire les sujets extrêmes qui sont cantonnés dans un seul processus. Il est clair pour lui que les types sont plus faciles à voir quand ils sont bloqués à des extrêmes. S’ils étaient si faciles à observer chez une personne saine, un questionnaire ne serait pas nécessaire.

Dans certains, cas Jung considère que le type est présent et qu’il existe, même s’il est difficile à détecter. Dans d’autres cas, il dit que sa typologie est faite pour des cas faciles à identifier, des cas extrêmes. Il prend donc toutes les positions possibles, mais il en parle beaucoup et il semble bien conscient de ses variances et de ses inconstances.

Il ne faut pas oublier que pour Jung, et la dernière citation de la page 331 le fait entrevoir, les gens sont plus ou moins différenciés psychologiquement. Si un trait n’est pas clair, il se peut qu’il devienne clair si la personne se différencie éventuellement. Il y a donc au moins un trait potentiel et il faut éviter de se cantonner dans l’usage d’un seul mécanisme. Le moins qu'on puisse dire c'est qu'il mélange un peu les choses, mais que c'est important pour lui d'utiliser une variété de mécanismes pour s'ajuster et de développer. Pourtant, le but du test MBTI est de dire comment les gens préfèrent agir.

La norme Comtois

La norme est dans une mesure psychologique la façon mathématique de tenir compte du milieu. Les gens sont extrêmes s'ils se distinguent de l'ensemble de la population. En effet, ces mesures n'ont de sens que par rapport à une norme. En étudiant une population très intéressante qui a répondu au test MBTI, le type des sujet n'était jamais différent du type obtenu par la norme publiée. Ce n'est pas normal pour un test psychologique, mais cela ressemblait à la situation qui a été connue avec le test MMPI, le test longtemps le plus utilisé. Ce test psychiatrique a toujours été utilisé avec une norme de fermiers du Minnesota. Paul Kline, un grand expert des tests psychologique, disait qu'il faut ne rien comprendre aux tests psychologiques pour agir ainsi.

La question méritait donc un éclaircissement et, si possible, une amélioration pour psychologiser la correction du test. Heureusement ceci a été possible. Voici donc pourquoi le test n'est pas psychologique et comment régler la difficulté. Ceci montre bien la différence entre les deux façons de penser.

La correction du MBTI

Pour comprendre le mélange des deux monde, il faut voir la méthode de correction du test. Elle propose de compter les réponses brutes et d’établir, à partir d’une table quelle échelle est la plus élevées entre deux échelles opposée. Par exemple, votre type est le résultat le plus fort sur lExtraversion ou Introversion. Le type est défini ainsi et aussi comme la combinaisons des 4 résultats, mais ceci est une confusion secondaire.

Le point important est celui-ci: Les gens qui sont juste un peu plus fort à l’extraversion qu’a l’introversion sont-ils vraiment extravertis? Pour des psychologues habitués à des distributions normales, la majorité des sujets des tableaux 2 et 3 sont moyens. Ils ne se distinguent pas de la moyenne et ce n’est pas légitime de dire qu’ils sont plus extravertis qu'introvertis. En fait, la majorité des gens sont autant l'un que l'autre.

C'est d'autant plus vrai que les deux échelles ont environ la moitié des items en commun. La majorité des items qui servent à établir l’échelle Extraversion sont les mêmes que les items de l’introversion. Ils sont simplement codés à l’inverse. Autrement dit, les échelles sont opposées et faites des mêmes items en bonne partie. La réponse qui compte pour une échelle est la réponse opposée pour l’autre échelle. Mettons les points sur les i. L’item 3 compte dans les échelles extraversions et introversion sur la forme G du test. La réponse B donne un point pour l’extraversion et la réponse A donne un point pour l’introversion. Par exemple, le sujet qui répond A à la question 3 a un point sur Extraversion. S’il répond B, il a un point à Introversion. Ce sont les deux choix possibles et ils sont mutuellement exclusifs. Il n’est donc pas surprenant que les échelles soient en très forte corrélation négative. Ils sont tellement en corrélation négative qu'ils mesurent la même chose.

Il y a 16 items dans l’échelle et un cas particulier, l’item 81. Pour l’item 81, on ajoute un point à l’extraversion si la réponse est C. Elle donne un point à introversion si la réponse est B, mais il y a 3 choix dans ce cas et ceci brise la symétrie. Il y a aussi des items qui comptent pour deux points au lieu d’un ce qui brise encore plus la symétrie, mais ces items ne changent rien au fond de l’affaire. La différence entre les deux résultats provient donc des items qui comptent seulement sur une seule échelle. Les items 13, 31, 37 40 et 77 ne servent que pour la mesure de l’Extraversion. Les items 16, 55, 66, 68 et 72 ne servent que pour l’Introversion.

Il y a des normes différentes dans ce cas pour les hommes et les femmes. L’Échelle thinking pour les femmes comporte 4 items de plus que pour les hommes. L’échelle Feeling pour les hommes comporte 2 items de plus que pour les femmes.

Les relations entre échelles

Selon l’éditeur, Les échelles du test doivent être interprétées par paires et chaque dimension de chaque paire réfère à des processus mentaux. Le test indique quels sont les processus mentaux qu’un sujet préfère utiliser et dans quelles conditions il préfère les utiliser. Il est, de façon secondaire, question des autres fonctionnements que les fonctionnement préférés, mais rarement de la dynamique entre ces processus qui sont actifs dans la même personne. Il est souvent question des relations entre les personnes qui ont des préférences différentes, mais pas de l’intégration de la personne et de son évolution comme Jung s'y attardait.

Les définitions qui suivent sont une traduction libre des définitions de base selon Jung et selon les auteurs du test dans le cas des deux dimensions ajoutées. L’introversion et l’extraversion (Introversion et Extraversion). Les gens extravertis ont des relations plus faciles avec les autres personnes qu’avec leurs propres idées. Pour les introvertis, c’est l’inverses. Ces gens sont plus orientés sur leurs idées que sur les autres personnes.

L’usage des sens ou de l’intuition (Sensing et Intuition). Les gens qui utilisent leurs sens aiment plus penser avec des faits que d’examiner des possibilités et les relations entre les faits. Les gens intuitifs aiment jongler avec les possiblités.

La pensée versus les sentiment (Thinking et Feeling). Les gens qui préfèrent le mode Pensée (Thinking) font des analyses impersonnelle et logiques. Les gens qui préfèrent référer à leurs sentiments (Feeling) accordent plus d’importance à leurs valeurs qu’aux faits objectifs et à une logique froide.

Le mode jugement et la perception (Judgment et Perception). Les gens qui aiment le mode jugement aiment une vie planifiée et ordonnée. Ceux et celles qui ont une attitude perceptive s’accommodent d’une vie dans laquelle il y a des imprévus auxquels ils d’adaptent de façon flexible.

Les 8 échelles donnent 4 types qui sont faits du résultat le plus fort sur l’une ou l’autre des échelles pairées. Ce résultat détermine le mode de fonctionnement préféré de la personne et les 4 modes préférées déterminent le type psychologique, un façon de faire stable.

Le type psychologique (global?) est représenté par 4 lettre et il y a 16 combinaisons. Les nombreuses combinaisons entre les processus sont donc simplifiées.

L'approche factorielle

Pour trouver ce qui est important chez les gens, les psychologues ont souvent utilisé l'analyse factorielle. Cette technique des statistiques inférentielles vise à trouver quels sont les facteurs sous-jascent quand il y a plusieurs mesures. Ce qui suit applique donc l'approche des psychologues qui veulent généralement réfléter l'ensemble des aspects de la personnalité. Les résultats d'une analyse factorielle sur les échelles du MBTI montrent que, d'un point de vue factoriel, le test Myers-Briggs est un modèle. Les 4 facteurs sont également représentés dans une analyse factorielle. Ceci a été obtenu grâce à un travail important par les concepteurs du test.

Le tableau suivant montre les résultats des hommes seulement. Chez les femmes, les résultats sont aussi clairs et très semblables. La différence importante est l’ordre des facteurs. Le deuxième facteurs chez les hommes (N+S) devient le premier chez les femmes et vice-versa. Chez les hommes, l’analyse factorielle indique que les dimensions Judging et Perception ont plus de variance, mais chaque paire est responsable de 21% ou 22% de la variance. La différence entre les facteurs pour les hommes et les femmes est insignifiante. C'est anormal de voir des facteurs aussi équilibrés. C'est parce qu'ils ont été définis d'avance. Nous confirmons seulement ici ce que les concepteurs ont voulu obtenir.

 Solution en 4 Facteurs

Rotated Component Matrix

 

Component

 

 

 

 

 

 

1

2

3

4

MBGSCE

 

 

 

-.925

 

MBGSCI

 

 

 

.933

 

MBGSCS

 

.916

 

 

 

MBGSCN

 

-.929

 

 

 

MBGSCT

 

 

.923

 

 

MBGSCF

 

 

-.919

 

 

MBGSCJ

 

 

 

 

  -.922

MBGSCP

 

 

 

 

  .925

Extraction Method: Principal Component Analysis.  Rotation Method: Varimax with Kaiser Normalization. Rotation converged in 5 iterations.

Tableau 5 – Analyse factorielle des plus classiques sur les 8 dimensions pour les hommes. Les résultats inférieurs à .20 ont été éliminés du tableau pour le clarifier.

Le tableau 5 montre que les 8 échelles se retrouvent regroupées comme la théorie le propose. Ainsi, le tableau indique que les paires mesurent des dimensions diamétralement opposées.  L’introversion est l’inverse de l’extraversion. C’est normal puisque une bonne part des items sont communs et codés de façon inverse. Une partie de la précision psychométrique est obtenue en utilisant les mêmes items qui sont codés de façon inverse et en soustrayant une échelle de l’autre.

Ce que ce tableau montre, c’est que c’est tout à fait légitime de faire 4 dimensions avec les 8 échelles. Évidemment, ce faisant, on multiplie les résultats a lieu de les soustraire. On réutilise les mêmes items en multipliant les totaux des échelles. Ce n’est pas plus grave de les utiliser deux fois en les annulant. En effet, la variance qui sert à chaque échelle est en soustrayant les totaux. Évidemment, quand on additionne des pommes et des poires, le résultat est un nombre de fruits. Si nous suivons la formule possible avec la méthode factorielle, on peut établir 4 échelles.

On peut nommer la première échelle Extraversion-Introversion par exemple si nous voulons respecter le sens que l’analyse nous suggère. Ceci n’est rien de nouveau. Ainsi, le 16PF version A de 1977 a une échelle Introversion-Extraversion de ce genre. Avec une si grande population, on peut donner des résultats en rangs centiles.

Le tableau suivant montre la distribution de l’Échelle Extraversion-Introversion pour les femmes. La qualité est aussi bonne que dans le cas des hommes et les autres échelles sont à l’avenant.

Tableau 10- Distribution de Extraversion-Introversion pour les femmes

Une correction psychologique du MBTI

Les 4 échelles composées donnent toute l’information des 8 échelles originales et même plus. En effet, le résultat d'une personne montre sa position par rapport aux autres personnes. On peut montrer le résultat sur les 4 échelles. Selon l'approche psychologique, les gens moyens sont moyens et il n'y a pas grand chose à dire à leur sujet. Il y a même des gens moyens en tout. C'est ce qu'ils ont de plus particulier et c'est même le cas le plus fréquent. Un modèle bien connu dans ce genre est le système de Krug avec le 16PF.

Voici une correction avec cette méthode

Dans ce cas, la personne sort vraiment de la moyenne sur une échelle. Sur une autre échelle, tout ce qu'il y a dire c'est que le personne est dans la moyenne. Jung dirait qu'elle peut faire appel aux deux mécanismes qui sont intégrés dans la même échelle.

Quand une personne a plusieurs résultats extrêmes, le comportement de la personne risque d'être particulier. Il peut être très apprécié ou très peu apprécié du milieu. La personne qui a cette combinaison de 4 échelles rare est un type, une combinaisons particulière des réaultats sur les échelles.

 Conclusion sur l'influence médicale

Le but de cet exercice était de montrer que la pensée médicale et la pensée psychologique sont fondamentalement différentes et qu'elles se sont croisées. Bien peu de gens semblent réaliser ce fait et encore moins certaines conséquences assez bizarres qui en découlent.

Les chercheurs en médecine utilisent les statistiques comme les psychologues. Les étudiants en médecine qui font des examens sont notés selon la pensée propre aux statistiques. Les médecins commencent à utiliser de échelles quantitatives pour établir des diagnostiques avec une pensée probabiliste.

La médecine adopte donc, comme toutes les sciences, l'approche probabiliste. Il y a en psychiatrie des gens qui veulent aussi l'introduire et c'est déjà fait de bien des façons.

Dans le domaine des tests, des gens qui démontrent qu'ils comprennent très bien les méthodes quantitatives des psychologues utilisent ces méthodes quantitatives pour proposer des façons statiques de voir des gens. Ils trahissent la pensée de Jung qui avait une visions dynamique du fonctionnement des gens. Ils ne profitent pas des méthodes de la psychométrie pour simplifier les choses. Ils semblent les utiliser pour plaire au public qui aime les catégories simples et les explications simples. Tout ceci confirme simplement l'idée que pour chaque science, il existe une pseudo-science pour plaire aux esprits moins critiques.

Ce qui répond à certains besoins. Les professionnels des sciences humaines, les psychiatres et les psychologues en premiers, devraient constater facilement ces manipulations et les dénoncer. Elles nuisent à la crédibilité de ces professionnels, mais quand ce sont des professionnels membres de ces professions qui les véhiculent il faudrait pouvoir faire appel aux organismes de contrôle professionnel. Dans ce cas, ces organismes ne semblent pas faire leur travail tout simplement.

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