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Condorcet et la personnalité
L'individu en éducation
Personnalité et littérature
L'internalité au Québec
L'internalité au travail
L'engagement militaire
Le conformisme
Descartes
L'engagement en religion

 

L'individualisme

 

Il y a des facteurs sociaux qui favorisent les tests de personnalité récents. Plusieurs de ces facteurs n’ont rien à voir avec l’amélioration des techniques de construction de tests ou de meilleures théories. En effet, c'est plus facile d'obtenir de bonnes informations depuis 50 ans sur la personnalité des gens parce que les gens ont plus conscience de qui ils sont. Il y a des gens dans notre société dont la personnalité se mesure mieux. Historiquement, les inventaires de personnalité ont été utilisés avec de mauvais sujets. Ce qui montre à quel point la psychologie ne voit pas ce phénomène qu'elle a pourtant contribué à créer.

L'histoire de la personnalité est un sujet complexe, mais il semble que les individus sont devenus plus importants avec le temps et qu'ils se sont distingués de plus en plus clairement du milieu. Beaucoup d'auteurs de bien des domaines s'accordent sur le phénomène de l'individualisation.

 Nous pouvons le voir dans:

L'histoire du travail

La mise au ban du conformisme facile au travail

La littérature

La philosophie

l'histoire des sociétés

L'histoire des religions

L'histoire militaire

L'histoire de l'éducation

L'histoire qui se fait

L'Histoire locale

Cette évolution par rapport à l'autorité a toujours fait peur. Pourtant, en étant plus libres, les individus ont généralement servi la cause de la société plus efficacement. C'est le grand paradoxe de notre civilisation et c'est le grand mérite de la sociologie de montrer l'individualisation. Si l'individualisation a réussi grâce à une valorisation du pouvoir personnel, ce pouvoir est maintenant questionné de bien des façons. Le pouvoir est sous la loupe.

L'individualisation

Dans La société Pygmalion?, Intégration sociale et réalisation de la personne, Pierre Tap fait l’histoire de la personne: “Comme de nombreuses études l’ont montré, les membres d’une société primitive, s’ils peuvent avoir des rôles différenciés, des droits et des devoirs, ne sont pas perçus comme des personnes autonomes, mais comme membres d’un clan, d’une classe sexuelle, etc.”(p.70)

Il cite ensuite I. Myerson (1949) “L’intense solidarité de la tribu, la force de la coutume et des tabous rend un véritable développement de l’individu impossible. Le passage de l’horizon tribal à l’horizon civilisé, créera des conditions plus favorables à la formation des premiers aspects de l’individualité.”

Tap reprend ensuite:”Le statut de l’individu s’est donc progressivement transformé en fonction des conditions d’existence et en liaison constante avec les croyances, les mythes et les pratiques religieuses et sociales. Ainsi le passage d’une économie de chasse et de cueillette à une activité agricole et sédentaire (culture des végétaux et élevage), s’accompagne d’un changement dans la relation à l’environnement perçu comme partiellement maîtrisable, et provoque un effort de mise en ordre du réel et du social, par la construction de cosmologies, de mythes et de rites. Mais du fait de la routine et de la tradition, l’individu se perd au bénéfice de la catégorie (p. 70). Plus loin, il enchaîne: “Ainsi le terme ‘individualité’ n’apparaît qu’à la Renaissance, celui d’’individualisation’ au XIXème siècle, tandis que le terme ‘personnalité’ est rarement utilisé jusqu’au XVIIIème siècle.(p.73).

Charles Taylor (1989) explique que nous en sommes rendus au point où les gens ne se définissent plus par leur appartenance à une classe sociale ou à un pays, mais par leur personnalité. Des individus se sentent des agents libres et c’est vrai dans leur vie privée et au travail. Taylor est philosophe et n’a pas intérêt à amplifier le rôle des psychologues.

La liste est longue. Marcel Mauss en sociologie et des anthropologues comme Lévy-Bruhl ont aussi traité de la pensée primitive et de l'évolution de la personne. En psychiatrie, Jung a aussi traité de l'individualisation. Tous les spécialistes des sciences humaines sont d'accord sur le fait que l'espèce humaine produits des sujets plus différenciés que les autres espèces. Aussi, que les société plus complexes permettent des individus plus différenciés.

Dans notre société, il semble que, de plus en plus, la personne se définit elle-même et par rapport à elle-même. Elle peut même se définir en dehors des rôles qu'elle joue. La première conditions pour l'individualisation est une certaine liberté au niveau de l'identification. Par exemple un étudiant qui vise un statut social professionnel peut ouvertement proclamer son aliénation par rapport au travail qu'il fait en attendant.

La bureaucratie

Les travailleurs autonomes prennent plus de risques et ils ont plus d'autonomie que ceux des bureaucraties. Max Weber voyait en 1905 dans la bureaucratie un moyen efficace de diviser le travail, mais nous considérons maintenant que les bureaucraties sont inefficaces par définition. Au moment où Weber faisait l'éloge de la bureaucratie, les dirigeants des entreprises ont cessé d'en être les propriétaires. La gestion professionnelle est apparue et les employés supérieurs des entreprises se sont comportés comme des entrepreneurs. Sans être propriétaires, ils ont agi comme des propriétaires. En fait, ils ont fait mieux et il y a maintenant des entreprises qui veulent croître systématiquement de 5% par an. Les entreprises sont devenues plus grosses et plus complexes et elles doivent leur succès à la rationalisation des tâches, à la précision de l'ajustement entre les pièces mécaniques.

Curieusement, plus l'individu est libre et plus il s'engage. Il semble qu'il devient efficace au service d'une cause sans beaucoup tenir compte de ses intérêts réels. Les entreprises industrielles modernes peuvent maintenant compter sur des spécialistes et des cadres qui ont les traits des entrepreneurs d'autrefois. Les employés à tous les niveaux commencent à se montrer capables de prendre des initiatives. Ils ont gagné la confiance des patrons et ils rendent cette confiance par de l'initiative. L'engagement des individus n'est pas venu tout seul. Il a été suscité par divers moyens. Certains moyens tablaient sur un engagement moral. D'autres sur un engagement intellectuel. D'autres théories disent que ce qui compte n'est pas au niveau des idées, mais au niveau des comportements. Une des théories psychologiques à rendre compte de l'engagement sans faire appel à une quelconque profession de foi est la théorie de l'engagement.

Parmi les théoriques qui expliquent l'engagement et l'évolution des individus, beaucoup sont essentiellement sociologiques. Par exemple, bien des livres de psychologie proposent des étapes de la vie basée sur l'âge et des expériences. Par exemple, le livre les Etapes de vie au travail  de Danielle Riverin-Simard implique des réactions communes devant des expériences communes. Les gens réagissent selon leur classe sociale dans un de ses textes et selon l'âge dans un autre. Dans un autre livre en 1996, Personnalités au travail, c'est la personnalité de l'individu qui détermine son évolution.

Dans les deux premier cas, quand c'est l'âge ou la classe sociales qui sont mis en lumière, c'est beaucoup le milieu qui agit sur la personne. Dans le deuxième cas, la personne semble éclore selon un plan pré-établi. Dans ce cas particulier, le nombre de germes différents à éclore est limité à 6 types différents. Elle décrit l'évolution des personnes selon les 6 types de Holland.

Bien des textes assimilent les individus à leur classe sociale ou à une tranche d'âge. Souvent les traits propres à un individu sont évacués. Le problème de la psychologie c'est qu'il faut retenir des règles générales pour parler des gens. Il faut oublier les cas particulier et parler d'une catégorie, au mieux d'un cas type bien caricatural. Nous ne pouvons nommer les personnes et les décrire comme cela s'est fait au temps de Freud. La grande majorité de ses clients sont connus par leur nom. En fait, on en cherche encore un qui a été guéri par l'approche de Freud. Il est donc souvent question d'un individu idéal, une sorte de type moyen imaginaire. Nous sommes souvent plus dans la sociologie que la psychologie.

Dans le cas où la personnalité est le moteur principal, le texte nécessairement est plus centré sur la personne et sur les caractéristiques de la personne.  Tous les livres populaires de psychologie introduisent un peu de théorie, mais ils abondent d'exemples concrets. Ces cas sont racontés de façon vivante. Les détails d'un cas intéressants peuvent nuire à la cohésion de l'ensemble. Au moins, les gens ont l'air importants et ces descriptions rendent le livre intéressant pour bien des gens.

Traits et narration

Il y a quelques façons de décrire les personnes. On peut parler de types de personnes comme ceux qui ont un certain âge ou ceux qui appartiennent à une classe sociale. On peut aussi les décrire par des dimensions fondamentales qu'on nomme le plus souvent des traits de personnalité. Enfin, il y a la façon usuelle, la plus populaire, et qui consiste à raconter une histoire dans laquelle les traits sont expliqués par un contexte et dans laquelle l'évolution explique une partie de l'origine des traits.

Une part de l'activité intellectuelle des gens consiste à étudier leurs relations avec les autres, à se présenter et à refaire constamment leur propre identité pour se présenter. L'identité a une certaine stabilité et l'effort pour réviser et polir son histoire est un gage de succès personnel dans une société où les choses changent rapidement. L'identité n'est pas aussi nouvelle qu'on veut le croire, mais elle doit être révisée plus souvent et il faut maintenant que les individus s'affirment personnellement. Ce n'est plus suffisant de dire son origine, sa famille ou son travail. Il faut donner des opinions. Ces opinions ne sont pas nécessairement originales, mais c'est bon qu'elles le semblent et c'est bon de les exprimer de façon originale en exprimant des sentiments. Nous sommes devenus des personnages de romans. La télévisons fournit des modèles dans ce sens, dans les téléromans par exemple. Les psychologues cliniciens peuvent souvent donner à leur clients des personnages comme modèles et s'identifier à un modèle qui a des problèmes communs est une solution facile pour faire évoluer les gens.

Si la narration est ancienne, il y a de bonnes raisons de croire que notre culture a répandu étendu cette capacité qui était autre fois l'apanage des philosophes, des penseurs et des gens qui avaient le droit de donner leur avis et de commander. La narration ne s'accompagne plus nécessairement d'une ode à la partie ou à la famille et elle doit inclure des éléments de psychologie.

Le perfectionnement de la raison

Nous aimons donc penser que la personnalité et l'individualisme sont apparus assez tardivement. Le mot personnalité est devenu populaire au XVIIème siècle. Les romans décrivent depuis ce temps de individus et leurs sentiments. Nous avons tendance à penser que les gens des société antiques ou primitives agissaient en fonction de la hiérarchie sociale, de leur statut, de divers systèmes d'ordre et de position qui leur imposaient un rôle. Les gens plus pragmatiques supposent que les intérêts immédiats dictaient la conduite des gens. Par exemple, trouver de la nourriture. Les intellectuels croient traditionnellement plus dans l'importance des idées, mais certains comme Marx ont mis l'emphase sur les besoins matériels.

Méfions-nous, les intellectuels tendent à penser que les choses qui ne sont pas documentées n'ont pas existé. L'amour courtois est né en France et il a été véhiculé par des troubadours raffinés. Ils ont laissé des poèmes, mais il y a des indications que l'amour idéalisé existe depuis longtemps car on le retrouve actuellement dans des cultures qui n'ont pas été influencées par l'amour courtois. Les notions romantiques de notre culture ont été observées ailleurs.

Le droit a eu un effet certain sur l'identité des gens. Les romains ont connu la démocratie. Il y avait les citoyens romains et les autres. Les citoyens romains avaient un statut qui soutenait l'individualisme de facto. Notre droit est hérité de ce statut du citoyen de Romains. Les esclaves ne pouvaient facilement se percevoir aussi facilement comme indépendants. A l'époque médiévale, l'Angleterre a fait des gains au niveau de la démocratie avec quelques règles de droit bien concrètes comme l'Habeas Corpus.

Le savoir n'a plus été confiné aux monastères avec l'avènement des universités, mais il y a eu des progrès en agriculture qui ont permis d'améliorer les récoltes et cela veut dire une richesse, des loisirs et le temps de penser.

Deux courants contraires

Il faut voir deux courants de pensée qui se croisent et se confondent quand nous tentons de faire l'histoire de la personnalité. Le premier courant suppose un perfectionnement de la raison dans un contexte social de plus en plus libre et l'internalisation des valeurs du milieu. Dans ces deux cas, il est question d'un perfectionnement de la personne qui dépend de l'évolution de la personne. L'autre courant insiste sur la socialisation par le milieu. C'est la société qui aide l'individu.

Le développement de la raison

Au niveau du développement de la raison, nul n'a présenté une synthèse aussi simple et aussi claire que Condorcet avec son Esquisse d'un tableau historique des progrès de l'esprit humain. En 1792-1793, sous la terreur alors qu'il se cache dans Paris après avoir joué un rôle politique important, il suppose que la "perfectibilité de l'homme est réellement infinie."

Il refait l'histoire en montrant comment elle permet le perfectionnement de la raison. Par exemple, il appréciait le fait que les écoles sous les grecs n'étaient pas des institutions publiques et que cette liberté permettait une évolution rapide des idées et un progrès (p.54). Lui-même avait proposé les bases du système de l'Instruction publique française. L'éducation était un moyen privilégié pour la société d'accélérer, de démocratiser le perfectionnement des individus et ainsi d'assurer qu'ils deviennent de bons citoyens. C'est encore son rôle.

Pourtant, il reconnaît quelques pages plus loin que "L'éducation était chez les Grecs une partie importante de la politique. Elle y formait les hommes pour la patrie, bien plus que pour eux-mêmes et pour leur famille." De la même façon, la révolution française a donné lieu à la notion d'état-nation à laquelle des mères ont fièrement donné leur enfants. Napoléon a inventé les médailles pour lesquelles ses soldats qui étaient des citoyens libres ont donné leur vie avec plus d'enthousiasme que pour payer leurs impôts.

C'est bien difficile d'expliquer la personne en dehors d'un contexte, de supposer qu'elle se tient debout toute seule et qu'elle participe dans son environnement social sans avoir été influencée par cet environnement. Par ailleurs, le développement de la raison a été mis en veilleuse plus d'une fois.

Au développement de a raison, il faut ajouter son inverse. Par exemple, tout le mouvement psychanalytique propose que nos comportements sont des manifestations de surface déterminées par des mécanismes difficiles à identifier. Selon cette théorie, nos motivations sont de nature émotives, sexuelles, inconscientes...

Les gens malades avec lesquels Freud et les cliniciens travaillent sont moins organisés que les gens qui sont fonctionnels socialement et moins organisés que les gens qui occupent les emplois importants dans notre société. Il faut donc reconnaître que les cliniciens vivent dans un univers différent avec des clients différents qui ne sont pas bien fonctionnels au travail.

Le développement de la raison et son équilibre n'a pas fonctionné avec tout le monde. Tous n'ont pas la capacité d'apprendre. Tous ceux qui peuvent apprendre n'ont pas mis de côté leurs besoins émotifs pour étudier et devenir compétents dans quelque chose utile pour les organisations légales et d'affaires. Tous ceux qui ont développé des habiletés ne veulent pas les mettre au services des organisations. Pour certains, ce ne sont pas des missions assez nobles. Du point de vue de la productivité des gens, ces besoins émotifs sont des outils qui doivent être canalisés. C'est pourquoi, c'est la canalisation des habiletés, la raison, qui est le bon côté de la chose à regarder pour le travail.

Quand elles vendent leurs produits, les entreprises font souvent plus appel aux besoins émotifs des clients qu'à leur raison. Ce qui démontre qu'elles savent que ces besoins existent, qu'ils sont puissants et il faut des employés pour comprendre le message à faire passer.

L'aide du milieu

L'épistémologiste Jean Piaget a développé une théorie complète du développement de l'enfant, surtout de son développement intellectuel. Il a cependant dit que l'intelligence n'est pas un guide pour l'homme. Il voyait donc un rôle pour l'affectivité. L'affectivité sert de guide. Un beau jour, il a pris connaissance de la théorie de Vigotsky, un russe qui expliquait le comportement des individus d'en haut, par des mécanismes de socialisation. Piaget a vite constaté que tout ce que disait Vigotsky faisait du sens et n'entrait jamais en contradiction avec ses idées. Ils expliquaient par deux mondes parallèles. A un moment donné, quelques piagétiens ont observé l'effet du milieu. Par exemple, le moment du développement de la pensée formelle dans d'autres cultures, mais il n'a jamais expliqué les mécanismes de la socialisation. Pour lui, l'individu se développe tout seul comme une graine selon un plan personnel. Il n'a pas décrit beaucoup non plus comment l'individu agissait sur son milieu. En fait, il n'a pas plus donné de raisons à ce sujet que Condorcet et peu de gens ont exploité les deux approches à la fois. Nous pensons que c'est une bonne idée.

La marche vers l'internalité

Le point de vue de l'individu est différent. Il peut avoir des attitudes plus ou moins positivies vis-à-vis des normes sociales.

Dans une culture traditionnelle, la maturité c'est: avoir vécu longtemps et connaître tous les dictons et les peurs collectives; croire les mythes, des adages et partager des valeurs. C'est démontrer une loyauté sans borne à sa famille et à son chef, avoir beaucoup d'enfants, de femmes ou de terres. C'est en gros faire ce que la tradition dicte sans référer à la réalité des choses.

Même la personne qui a le plus de pouvoir dans une société traditionnelle ne peut changer facilement les traditions.  Les enfants répètent ce que disent les parents et perpétuent la culture presque sans modification.  On lit le Coran à la lettre et on l'apprend par coeur par exemple.  Le conformisme est très puissant et le rôle social qu'un individu joue est déterminé par la tradition. On utilise souvent les châtiments corporels et ceci renforce le conformisme.  Au XIX ème siècle, on envoyait encore les enfants en prison.  Les enfants battus et abusés ne développent pas facilement la confiance en eux et dans les autres nécessaire pour devenir très autonomes.  Plusieurs y arrivent, mais plus difficilement.

Au travail, bien des employés doivent encore se comporter selon un livre de règlement, comme dans un milieu social traditionnel.  Ils peuvent faire des choses qu'ils savent inutiles ou dommageables parce que le livre des procédures le leur dicte.  L'employé traditionnel est docile comme on le lui demande souvent. Pour garder le job, on peut faire des imbécillités à la demande des patrons. Le fait d'être intégré et supporté par le milieu social est très important et c'est le seul besoin pour bien des gens.

Il y a eu une changement entre la façon traditionnelle qui est commune à toutes les sociétés de ce type, et la façon moderne que nous encourageons depuis peu. C'est un phénomène très important.

L'homme moderne

L'éducation que reçoivent les enfants dans les société modernes leur donne une autonomie de penser qui était inconnue dans les société traditionnelles.  A partir du XIXème siècle en Angleterre, l'éducation dans les collèges a permis de rendre des fils de bonnes famille plus indépendants de leurs parents.  On retrace les début de cette éducation dans les valeurs protestantes apparues en même temps que la société industrielle.  Cette forme d'éducation s'est démocratisée au XXème siècle. Elle est devenue la norme maintenant. Issu de cette culture, le scoutisme, qui demeure le mouvement laïc le plus important au monde, favorise l'internalité. On dit Scout un jour, Scout toujours. Pourtant, rien ne force les jeunes dans ce mouvement. C'est un engagement librement consenti et il n'est que plus puissant pour cette raison.

Les milieux traditionnels ont imposé depuis longtemps des engagements comme le serment d'office ou la profession de foi. C'étaient des actes de soumission et un engagement à soutenir activement la cause. Pour que les normes sociales se perpétuent, il faut que des personnes les supportent, les énoncent et punissent les délinquants par rapport aux normes. Un soutient actif des normes est souvent la plus grande forme d'autonomie que les milieux traditionnels permettent.

Cette forme éducation n'impose pas donc des idées fixes, ce qui est différent de toutes les formes d'éducation précédentes. Elle démocratise la recherche autonome de la vérité qui était avant l'apanage des professeurs d'université et des penseurs. La liberté de l'étudiant est un élément important. L'internalisation libre d'un système de valeurs et l'autonomie de la pensée font des gens intro-déterminés, c'est-à-dire des personnes volontaires, mais capables de s'adapter selon des principes généraux. Au plan pratique, cela donne des gens capables d'interpréter des principes généraux à des situations particulières. Plus cet engagement est libre, plus il est personnel, plus la personne prend conscience de soi et plus elle a de l'importance. Un officier devait savoir quand ne pas obéir aux ordres et c'est maintenant vrai pour les exécutants dans bien des milieux.

Par ce mécanisme, la personnalité fait quelque chose librement et la personne devient partiellement maître de son destin. Du moins, elle en a l'illusion. De plus, une éducation libérale de ce genre si elle dure longtemps, retarde la cristallisation de la pensée. Elle se fait très jeune dans les milieux traditionnels.  Les gens formés ainsi ont l'occasion de changer d'idée et de le réaliser. Durant la période formatrice, il n'y a pas d'engagement et les contraintes matérielles sont réduites. Cette éducation en serre chaude augmente ainsi la capacité de voir et de comprendre des points de vue différents du sien. Les personnes qui ont changé d'idée et qui ne sont pas engagées peuvent analyser plus librement leur évolution et faire des choix. Ceci favorise beaucoup la rigueur.

Les enfants modernes ont beaucoup de liberté et les parents sont tenus d'être tolérants. Il ne faut plus brimer les enfants, ni les battre. L'élément du service de la famille et de la patrie est évidemment moins poussé maintenant. L'éducation est perçue comme quelque chose pour l'individu, pas pour son milieu social.

L'internalité et le capitalisme

Le phénomène de l'intro-détermination, ou internalité, a été décrit par Max Weber dans L'éthique protestante et l'esprit du capitalisme. Pour Weber, la société moderne est constituée de spécialistes sans âme. Il retrace l'esprit, la forme de pensée qui a donné naissance au capitalisme, et au travail dans une société industrielle.

L'autonomie en éducation

L'adoption du modèle interne du comportement par l'ensemble de la société peut être observée par l'histoire du scoutisme. Le scout pouvait survivre seul derrière les lignes ennemies dans l'ouest américain.  Le fondateur du scoutisme Baden Powell a été formé lui-même au tracking par un de ces scouts américains quand il servait dans l'armée anglaise en Afrique. L'autonomie de ce soldat est le point critique.

C'est une chose que d'aller au combat avec un groupe.  C'est plus difficile encore d'y aller seul et de garder la tête froide pour s'ajuster aux circonstances. Le commando (Command-Zero) et le pilote de chasse comme la Baron Rouge sont les héros des armées modernes. Ils sont autonomes.

L'extro-déterminé

L'individu intro-déterminé n'est pas la fin de l'histoire. Le thème a été repris par David Riesman dans La foule solitaire. En 1950, Riesman observait l'émergence d'un nouveau type psychologique plus évolué que l'individu intro-déterminé. Un individu moins rigide que le type intro-déterminé traditionnel.  Un individu capable de poursuivre des objectifs durant une période, mais aussi capable de passer à autre chose à un moment donné.  

L'individu dit extro-déterminé est devenu nécessaire avec les changements encore plus rapides que nous connaissons maintenant.  Les sujets qui ont internalisé sans retour des objectifs quelconques peuvent devenir des dinosaures en quelques années parce que leurs objectifs sont dépassés. L'éducation moderne fait que les jeunes accordent plus d'importance à leurs pairs qu'à leurs parents et leurs ancêtres. Elle prépare à vivre dans des milieux changeants et apprend à entrer dans des groupes et à les quitter élégamment.

La mobilité sociale pose donc maintenant le problème difficile des changements de statut et de rôles. Le patron est maintenant un ancien syndiqué dans certains cas. Il a connu les tâches subalternes et il ne peut prendre certaines positions à cause de cela. L'homme qui a adopté des valeurs dans sa jeunesse et qui ne les adapte pas est souvent un dinosaure 20 ans plus tard. Par exemple, les français et les allemands ont dû se réconcilier malgré des guerres dans lesquelles des héros des deux côtés ont montré beaucoup de détermination et d'engagement.

Riesman distingue donc l'homme traditionnel, l'homme intro-déterminée (celui de Weber) et l'homme extro-déterminé. Ce dernier est engagé moins profondément. Il sait s'ajuster dans des groupes différents avec souplesse. Il est attaché à son groupe, le peer group, et la nation n'a pas pour lui le sens qu'il avait pour les gens de 1914 qui sont allés se battre pour le Roi et leur pays sans poser de question. La désillusion de la grand guerre a accéléré le désengagement par rapport à l'État. Les mères ne désiraient plus donner des fils à la partie.

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