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Les statistiques
Les tests sont bons
Entretenir un test
L'influence médicale

 

Les différences individuelles

 

Ce n'est pas ici qu'il faut tenter de comprendre comment faire des tests ou examiner nos indices de validité, mais on peut y comprendre le développement des statistiques appliquées aux sciences humaines, plus particulièrement aux différences individuelles.

Ces pages traitent de

1 - l'apport des méthodes statistiques dans les sciences humaines

2 - La qualité des tests comme outil de discrimination

3 - Un exemple du besoin d'entretenir les tests

4 - Des difficultés liées à l'invasion de la pensée médicale

Les techniques et ou les idées peuvent faire évoluer les choses. Le développement des statistiques a été un moteur des sciences humaines et nous leur donnons dans ces pages ce un rôle moteur. Ce sont d'abord des assureur, des financiers et des joueurs qui se sont intéressés aux méthodes pour prévoir et décider avec des méthodes mathématiques.

Les sciences humaines se sont établies grâces aux statistiques. Elles ont permis de cataloguer et de définir des phénomènes.

La psychologie a tablé plus sur des méthodes quantitatives plus sophistiquées que les autres sciences humaines à un moment donné. Notre position tire partie de ce passé, mais c'est du passée. On peut voir que les statistiques sont maintenant utilisées dans toutes les sciences et qu'elles sont aussi un façon pratique de poser des arguments pour les spécialistes qui quantifienr.

La réduction des risques

Peter L. Bernstein dans Against the Gods propose que la frontière entre le monde moderne et la passé est la maîtrise des risques. Les humains ne sont plus des jouets soumis à la volonté des dieux ou de la nature. Nous prévoyons mieux les saisons. Nous avons réduit les incendies et les crimes... Nous avons collectivement confiance dans nos moyens.

Les transports sont plus sûrs. Il y a des risques, mais ils sont au moins identifiés. En l'an 2000, on constate trois fois moins d'homicides à Paris par 1000 personnes qu'en 1900. Manquer de nourriture n'est plus souvent un problème. C'est le contraire qui est devenu le gros problème. Nous résistons facilement à la tentation d'invoquer les dieux pour réduire les dangers ou de nous en remettre à des prières.

Bernstein propose que c'est la réforme, l'éthique protestante, qui a forcé les gens à prévoir le futur. Ils étaient délivrés de l'autorité des prêtres, mais ils ne pouvaient effacer leurs péchés au confessionnal. Chacun est devenu responsable devant Dieu. Réussir financièrement était devenu moral et la découverte du nouveau monde en fit rêver plusieurs. Pour préparer des expéditions, il fallait planifier et prévoir l'inconnu. Il fallait prendre des risques, comparer les risques et les avantages possibles. La comptabilité à double entrée venait d'apparaître pour compter les bénéfices. Les chiffres infidèles (arabes) n'étaient plus honnis et ils permettaient de multiplier facilement. Les intérêts sur l'argent n'étaient plus défendus. Il y avait des lettres de commerce et des services de poste. La navigation était plus sûre et les monnaies plus fiables ; les poids et mesures un peu plus standards.

L'industrie et les techniques, permettaient des produire des biens. C'était possible de devenir riche par le commerce avec le nouveau monde ou localement. Des gens qui n'étaient pas nobles et qui n'avaient pas de terre pouvaient avoir de grandes aspirations, lire des livres, voyager et légitimement avoir un impact sur le monde. Bien des gens nobles ne l'étaient pas depuis des siècles parce que la peste avait frappé sans distinction de classe sociale.

Tant que le fatalisme ou la soumission à des normes prime, Prendre sa destinée en main est bien difficile. Albert Bandura propose que le sentiment de compétence est un bon prédicteur du succès dans bien des domaines. Les gains réalisés ont simplement permis d'avoir plus confiance et le phénomène s'est accéléré depuis.

Tous les succès des sciences ont miné l'autorité religieuse, même dans les pays catholiques. La notion d'espèce a permis de voir de l'ordre dans la nature. Le savoir s'est répandu, par exemple grâce à l'Encyclopédie, et les techniques ont pris de l'importance aux yeux de tous. La corruption  a diminué. Les lois sont devenues moins arbitraires. La démocratie a réduit le népotisme des grandes familles.

En 1872, les anglais ont organisé des prières au niveau national pour demander la guérison du Prince de Galles. Il a guéri et 1500 pasteurs, mais seulement 12 médecins, ont été invités à Westminster pour remercier le ciel. La médecine moderne est plus efficace et les gens consultent les médecins. Quand leur cas ne peut être traité par la médecine officielle, les gens consultent des charlatans, prennent des médicaments magiques ou ils vont prier...

Nous avons simplement de bonnes raisons maintenant de croire dans nos moyens techniques. Les pays où ces conditions n'existent pas encore sortent difficilement de leur misère. Si ces conditions favorables disparaissent, c'est possible de retomber dans le chaos. En fait, malgré des améliorations fantastiques de nos conditions de vie, l'optimisme n'est pas le lot de tous.

Vivre avec l'incertitude

Les occidentaux qui visitent des coins de la terre moins favorisés sont souvent surpris de voir des gens sourire et de montrer autant de confiance dans la vie. Nous devons faire face à des risques comme le terrorisme, la guerre, les inondations et le travail précaire. Comme si les dangers n'était pas assez inquiétants, une loi française dicte de décrire dans un contrat de vente les risques d'inondation, de glissement de terrains et autres associés à un terrain.

La mondialisation de l'économie bouleversent nos habitudes et met nos bas de laine en péril, mais elle bouleverse aussi nos certitudes. Les philosophes du siècle des lumières ont critiqué les religions, la royauté, la noblesse et même l'autorité des pères de famille. Toutes ces institutions étaient supportées par des idéologies qui faisaient des laissés pour compte. Toutes ces institutions étaient supportées par des idéologies, mais le recherche de la vérité nous face à face avec les dures réalités de l'existence.

L'individu n'est plus soumis à la société, mais il ne peut plus se fier à des repères rassurants. Même s'ils étaient faux, les repères disparus avaient l'avantage d'être rassurants. Ils étaient si rassurants qu'ils sont remplacés par d'autres qui ne sont pas meilleurs dans bien des cas.  Nous sommes devenus hyperinformés et hypersensibles. Nous voulons un système de santé sans faille, des plans de pension infaillibles et des écoles sans violence. Le médecins doit nous décrire les risques avant une opération. Au lieu de rassurer le patient en lui racontant que tout ira bien, le médecins est tenu d'augmenter l'anxiété des patients.

Les gens qui divorcent sont au bout de 5 ans dans des situations plus difficiles que les gens qui ont fait des compromis et qui sont restés mariés. Nous voulons bâtir au bord des rivières quand nous savons qu'il y a des risques d'inondation. Se comporter de façon responsable et rationnelle est loin d'être aussi populaire et aussi facile que prévu pour ceux qui essaient.

Nous devons nous analyser, faire des choix et prévoir les malheurs. Les contraintes qui opprimaient les individus sont maintenant limitées, mais l'incertitude les mine aussi bien. Ceci n'était pas prévu par les philosophes des lumières. La raison en soi n'est pas un guide.

Une vision des sciences humaines

Lors de son discours d'introduction de 1782 devant l'Académie française, Marie Jean Antoine-Nicolas de Caritat, Marquis de Condorcet (1743-1793) propose l'idée d'appliquer les gains d'une science à une autre. C'était une idée originale de son ami d'Alembert. Il proposa ensuite spécifiquement d'appliquer les méthodes des sciences aux sciences nouvelles "dont l'objet est l'homme même, dont le but direct est le bonheur des hommes."  Il les appela les sciences morales et cette notion de science morale a tenu 100 ans. Elle a tenu jusqu'au moment où les sciences morales ont voulu imiter les sciences pures et atteindre l'objectivité absolue. Les scientifiques ne le prétendent plus, dans aucun domaine. Le mot est disparu, mais son esprit demeure, la tentation des vérités absolues demeure. C'est tellement une tentation que c'est peut-être un besoin.

Condorcet propose du même élan d'étudier le fait politique et social en appliquant les statistiques et le calcul des probabilités, deux des domaines où il a contribué comme mathématicien. Pour Condorcet, une science de l'homme est celle de la sociologie et de la psychologie. Il suppose qu'en éliminant les barrières au perfectionnement de l'être humaine, ceux-ci se développeront tout naturellement et deviendront bons. S'il y a des erreurs de parcours, la psychologie les expliquera. Ce sont ces erreurs qu'il faut justement réduire par l'éducation. Il pense donc comme Rousseau que l'homme naît bon et qu'il suffit de ne pas le corrompre.

Au moment où Condorcet propose l'usage des statistiques, le mot est encore nouveau et il a plusieurs sens. Le mot vient d'Allemagne (Achenwall 1749). Ce mot désigne les mathématiques de l'État, des façons de décrire la population. Les financiers et les assureurs ont fait beaucoup pour développer ce domaine. Les mathématiciens s'y intéresseront ensuite.

Galton et Pearson appliqueront les statistiques en psychologie 100 ans plus tard. Durkheim le fera en sociologie.  Actuellement, les grandes décisions en gestion et dans le secteur public se prennent rarement sans quelques calculs statistiques. Tous les gouvernements ont des services spécialisés pour décrire la population. Tous les chercheurs quantifient.

De son côté, la psychologie a perdu une bonne part de la passion qu'elle a eu pour les statistiques. Beaucoup de méthodes inférentielles sophistiquées ont été développées par des psychologues. Maintenant, la psychologie enseigne de moins en moins les statistiques. Les étudiants font un cours comme tous les étudiants des sciences humaines, mais rien pour se distinguer comme autrefois.

La pensée statistique et les sciences sociales

Les statistiques étaient au départ des données accumulées sur la population. Elles décrivaient des gens. Dans un livre intitulé La montée de la pensée statistique de 1820 à 1900, Theodore M. Porter explique que les statistiques sont liées à une vision probabiliste de la nature. Ce ne sont pas des mathématiciens qui ont eu le leadership dans ce domaine. Par exemple, les assureurs ont développé des moyens de prévoir les risques et d'établi des primes. Les gouvernements ont commencé à accumuler des données sur la population et ils ont faits des tables d'annuités pour des pensions. Les produits financiers comme les rentes et les lettres de change sont basées sur une connaissance des risques impliqués. Les joueurs ont aussi montré de l'intérêt pour les probabilités.

Par exemple, Quételet compila des statistiques variées sur les populations. Résumer les données sur la population faisait de l'ordre. Les médecins militaires documentaient l'hygiène dans les orphelinats et les prisons. Les policiers établirent que les criminels ne savaient pas beaucoup compter, donc que l'éducation devrait réduire le crime. E. Badinter rapporte (1989) des données sur la mortalité infantile qui ont été compilées par les policiers. Elle les utilise pour montrer combien la mortalité infantile était forte et que l'amour maternel est une notion récente. Les femmes des villes mettaient les enfants en nourrice à la campagne et beaucoup mourraient.

Quételet appelait ce travail d'observation de la physique sociale. Le fait d'observer la régularité de certains événements donne l'impression qu'il y avait des lois en arrière d'événements pourtant bien différents. Chaque meurtre a ses détails morbides, mais il y en a à peu près le même nombre chaque année dans une ville.

En 1835, Poisson établit la loi des grands nombres. Avec le temps, la moyenne va prévaloir. On chercha donc la cause de ces phénomènes qui séparément n'avaient pas grand chose en commun. C'est ce cet ordre que la sociologie est née. Il y a des lois qui régissent les individus sans que ceux-ci ne le réalisent.

Les premiers statisticiens avaient une tendance à moraliser. Un bon exemple est Malthus, qui prévoyait une explosion de la population. Les statistiques ont souvent remplacé la révélation de Dieu ou les voix comme celle de Jeanne d'Arc. Le moralisme de la période victorienne, de 1850 à 1900, se basait souvent sur des études quantitatives des problèmes. Surtout en Angleterre, les premiers grands apôtres des statistiques ont été des réformateurs sociaux. Au lieu de donner des opinions basées sur des notions morales, ils avaient acquis la certitude de rapporter des faits. Ils observaient des écarts et une déviance à la moyenne avec une connotation morale. Ils proposaient ensuite des lois ou des campagnes de moralité. C'est encore vrai. Les mères des quartiers de l'Est de Montréal mettent au monde des bébés plus petits en plus grand nombre. La taille de ces bébés signifie à long terme des problèmes divers. On a donc établi des programmes pour aider ces mères à bien s'alimenter, cesser de fumer...

Les statistiques furent donc appliquées à des concepts très variés au XIXème siècle.  Quand Durkheim montre que le suicide évolue avec l'économie, il établit que l'individu est sous l'influence d'une moralité qui le dépasse, une réalité morale plus grande que lui.

Chaque personne était une énigme, mais une masse de gens pouvaient offrir une explication. Nous avons la même réalité en psychologie. Quand nous prenons un décision, nous avons l'impression de faire la bonne chose. Les autres peuvent cependant observer que untel achète toujours des vêtements en solde, mais qu'il ne lésine pas sur les légumes. Chaque décision est unique et nous semble indépendante souvent. Même dans le cas de nos décisions conscientes, nous suivons des patterns observables.

Une histoire sans personnages

A cette époque, on proposa aussi que l'histoire pouvait raconter des tendances sociales plutôt que la vie des grands hommes. La pensée de Marx qui parle de classes sociales est un bon exemple. Les individus ne sont peut être pas rationnels, mais la tendance d'une population indique quelque chose qui l'est.

La société pouvait donc avoir ses propres lois. La sociologie, la science politique et les groupes expérimentaux des psychologues expérimentaux découlent de ces idées. Beaucoup de psychologues font des études qui expliquent des groupes de gens. C'est avec ces groupes qu'on eut établir l'effet d'une cause externe.

Une science probabilités

Les sciences humaines devaient selon Condorcet appliquer la méthode des sciences, mais l'inverse s'est produit aussi. La confiance dans les statistiques était devenue suffisante pour que les physiciens adoptent cette forme de pensée. Cette approche a eu un effet sur les sciences en général et la physique lui doit des percées importantes. Vers 1860, Maxwell vit les échanges de chaleur dans une perspective probabiliste. comme les données dans toutes les sciences.

La thermodynamique, l'hérédité et les fluctuations de prix suivaient toutes des règles semblables. Penser en termes de probabilités n'était pas évident pour les scientifiques qui cherchaient des relations causales. En fait, ils se sont rendus compte que leurs études étaient comme les travaux pratiques des étudiants en laboratoire. Parfois l'expérience marche, et parfois pas. Une seule observation ne suffit plus à faire une loi scientifique.

Les statistiques sont maintenant descriptives ou inférentielles. Tout le monde fait des petits graphiques pour résumer des données. Ce sont des statistiques descriptives. Les statistiques inférentielles visent à tirer des inférences à partir des données, à prendre des décisions en tenant compte des probabilités.

Ce sont des outils de recherche et aussi des outils pratiques. Par exemple, pour savoir à quel degré un sondage peut comporter des erreurs. Les méthodes inférentielles ont été développées à partir de 1900, et surtout en Angleterre par des psychologues du domaine de l'intelligence. C'étaient des chercheurs, mais ils ont vite tenté de trouver des applications pratiques.

Par exemple, les tests d'intelligence pratiques datent de cette époque. En cherchant ce qu'il y a de commun à plusieurs mesures proches avec la technique de l'analyse factorielle, les chercheurs ont tenté de cerner l'essentiel de l'intelligence. Ce débat est encore ouvert.

Statistiques, psychométrie et psychologie

La psychométrie est l'application des statistiques aux différences individuelles. C'est-à-dire l'étude des différences individuelles à partir de résultats quantifiés. Les premières mesures ont été anthropométriques. Par exemple, la distance entre les deux yeux ou les temps de réaction. Mesurer ces détails intéressa beaucoup les gens vers 1875, mais ne donna pas grand chose.

Vers 1900, Binet fit une percée en mesurant des capacités globales. La psychologie se spécialise depuis dans les mesures des capacités fondamentales. La psychométrie a permis de les établir, de prouver qu'elles existent dans un premier temps. Les spécialistes d'abord ont utilisé les tests pour comprendre ce qu'était l'intelligence, comment elle se développe. Un chercheur veut trouver ce qui est vrai pour tous les humains. Ensuite, la psychométrie sert à situer une personne par rapport aux autres. Par exemple, l'étendue du vocabulaire d'une personne est un bon indice de sa capacité de penser avec des mots. Il y a plusieurs façons de mesurer cette forme d'intelligence.  Un praticien de la psychométrie veut dire si une personne peut réussir un certain programme d'études. Il ne s'intéresse pas à des groupes, mais à des individus un à la fois.

Pour le chercheur, les différences entre les gens sont un bruit expérimental, une nuisance. Pour le praticien, c'est ce qui distingue la personne des autres. Les chercheurs et les praticiens utilisent des tests, mais l'optique est bien différente. Les spécialistes de l'intelligence ont longtemps faits des outils pour tenter de cerner ce que l'intelligence était. Les spécialistes de la personnalité ont fait des efforts pour définir des traits et trouver quels traits étaient les plus significatifs. Ces experts ont souvent passé leur vie sur quelques mesures sans s'inquiéter de leur place parmi les autres. Généralement, ce qui les intéressait devenait le plus important en psychologie à leurs yeux.

Il y a eu spécialisations depuis. Celui ou celle qui fait des tests ne sait pas nécessairement comment donner du sens à une grande variété de mesures. Le spécialiste qui interprète des tests ne sait pas nécessairement les construire.

Enfin, la psychométrie a été appliquées à des domaines particuliers. Les spécialistes du monde de l'éducation ont développé des tests pour juger des programmes d'études. Par exemple comparer les étudiants de divers pays. Les spécialistes de la gestion se sont intéressés au leadership, au travail en équipe et aux difficultés de travailler dans tous les coins du monde. C'est en 1992, à Harvard, que Gordon Allport a fait une première étude de la personnalité en Amérique. En 1918, pour les besoins de la guerre, des psychologues avaient fait une échelle pour identifier les soldats susceptibles de ne pas tenir le coup sous les bombes et au combat. Il y avait depuis quelques années aussi des mesures empiriques de la personnalité, mais Allport a organisé le sujet. Il en a fait un sujet respectable en psychologie avec Murray et d'autres. Ce sujet reste cependant secondaire pour la science psychologique qui aime les lois générales.

Dès 1930, Guilford et Bradley ont discuté de l’application de la méthode d’analyse factorielle de Spearman à la notion d’extroversion-introversion. Les Guilford ont fait en 1934 les premières analyses qui ont permis de séparer la sociabilité de la stabilité émotionnelle dans leur échelle d’extroversion-introversion. Les travaux pour la batterie factorielle d’aptitudes (le GATB) datent aussi de cette époque. Tout ce travail était fort long et complexes. Le Guilford-Zimmerman Temperament Survey sera publié en 1948.

Allport et Murray voulaient rendre compte de la personne, de toute la personne. C'est normal pour les gens, mais les chercheurs étudient des petits bouts des personnes. Quelques uns tentent de rendre compte de l'ensemble de la personne. Peu de spécialistes ont tenté l'exercice. C'est pourquoi le système de Dokimos est très spécial, même s'il semble normal pour les gens de la rue. Bien des mesures utilisées par les praticiens ont été faites par des chercheurs pour montrer qu'un phénomène existait, mais les appliquer à mesurer des gens exige une nouvelle validation de l'outil. C'est de plus en plus le praticien qui doit faire cette validation et cela implique des frais et du travail.

L'application des tests

La psychologie est née en Allemagne dans un contexte universitaire bien particulier. Les allemands ont fait des universités qui devaient aider la société. Ils ont inventé la recherche universitaire. L'idée d'étudier les réactions des gens avec des mesures, comme on le faisait dans les sciences naturelles, n'était pas nouvelle, mais des allemands ont posé la question d'une façon qui a fait passer la psychologie du domaine de la philosophie au domaine des sciences. Ils ont utilisé la méthode expérimentale qui était propre aux sciences pures. Il n'ont pas seulement mesuré, ils ont crée une situations dans un laboratoire pour obtenir de bonnes mesures. Ils n'ont pas réussi à bien mesurer ce qu'ils cherchaient le plus.

A part les chercheurs, les besoins empiriques ont donné lieu au développement des tests avec des applications pratiques. Depuis 1900, les compagnies d'assurance américaines ont investi pour identifier les bons vendeurs à partir de leurs données biographiques. Par exemple, les premiers enfants des grosses familles font-ils de bons vendeurs? Ces produits existent encore et ils ont été à la fine pointe de la psychométrie. Ensuite, en 1917-1918, l'armée américaine a utilisé des tests de élection pour former le corps expéditionnaire qui alla en Europe en 1918.

En quelques mois, des psychologues ont fait des tests et ils ont eu beaucoup de succès. Les objectifs étaient de choisir des soldats capables d'apprendre rapidement et d'identifier ceux qui ne tiendraient pas le coup dans les conditions difficiles des combats. Ce succès a créé le premier domaine d'application pratique pour des psychologues. Il s'est vendu 600 000 copies de ces tests en 6 mois après la fin de la guerre. C'est avec ce succès que les psychologues ont développé la spécialité de juger les gens avec des outils rigoureux.

On avait développé des mesures simples de la personnalité pour la première guerre, mais elles ont été prêtes trop tard pour servir. Détecter les soldats qui ne tiendraient pas sous la pression des combats était aussi important que de connaître leur capacité d'apprendre. La deuxième guerre mondiale a donné lieu au développement de meilleurs tests de fonctionnement intellectuel, mais bien des mesures de la personnalité à ce moment étaient empiriques. Par exemple, le MMPI publié en 1942 a été fait avec des mentions dans les rapports psychiatriques. Pour identifier les homosexuels, on a fait une échelle de masculinité/féminité. De grands progrès ont été faits dans le domaine de la personnalité pour donner du sens à ces mesures, les valider et en faire des outils pratiques.

L'évolution vers la rigueur

Juger les gens n'était pas un problème nouveau. Le besoin de comprendre les autres et de prédire l'avenir est vieux comme le monde. Les plus grands savants ont longtemps eu comme travail de prédire l'avenir en lisant les astres. Ceux qui sacrifiaient un animal aux dieux ont longtemps demandé à des experts d'examiner le foie de l'animal pour savoir si le sacrifice avait été accepté. Le besoin de prédire l'avenir a donné lieu à toutes sortes d'escroqueries. Le plus souvent ces efforts étaient honnêtes, même si les résultats n'étaient pas bons. Il y a des approches plus récentes comme celle qui consiste à lire les bosses du crâne pour identifier les capacités des gens. Un français a eu du succès avec l'idée que l'écriture révèle le caractère.

Actuellement, les études sur la valeur prédictive de tous ces outils disent que les tests sont un des meilleurs moyens. Cela ne veut pas dire qu'ils sont toujours correctement utilisés ni qu'ils sont bien interprétés. Pour contrôler la validité des tests, et la méthode peut s'appliquer à toutes les sortes de prédiction, les spécialistes de la psychométrie ont développé des méthodes pour valider les outils. Avec le temps, valider l'outil n'a pas suffi.

Il faut maintenant valider chaque usage d'un outil et faire attention à toutes sortes de difficultés qui ont été identifiées avec le temps. Ces études de validité ressemblent fondamentalement aux efforts qui sont faits pour dire si un médicament est vraiment efficace. C'est un domaine où des charlatans ont prétendu que bien des produits avaient des propriétés merveilleuse. Il n'y a pas dans le domaine des tests des organismes gouvernementaux, comme c'est le cas des médicament, pour surveiller les études. Cette surveillance ne règle pas tous les problèmes. Il y a eu des erreurs tragiques comme la thalidomide, mais cette surveillance élimine beaucoup de fraudes élémentaires et d'erreurs.

Les pressions légales

Le gouvernement français a voté une loi qui oblige les spécialistes qui font des prédictions au sujet de la capacité de travailler de montrer la validité de leurs outils.

Loi n° 92-1446 du 31 décembre 1992 - Relative à l'emploi, au développement du travail à temps partiel et à l'assurance chômage...

"Art. L. 121-7. - Le candidat à un emploi est expressément informé, préalablement à leur mise en oeuvre, des méthodes et techniques d'aide au recrutement utilisées à son égard. Le salarié est informé de la même manière des méthodes et techniques d'évaluation professionnelles mises en oeuvre à son égard. Les résultats obtenus doivent rester confidentiels."
 
"Les méthodes et techniques d'aide au recrutement ou d'évaluation des salariés et des candidats à un emploi doivent être pertinentes au regard de la finalité poursuivie."
 
Source : http://perso.wanadoo.fr/sfpsy/
(Site de la Société française de psychologie)

La société française de psychologie a une Commission des tests.

Voir : http://perso.wanadoo.fr/sfpsy/comtes02.htm

Au Québec, la Commission des droits de la personne se méfie des tests. La sélection des individus est un exercice de discrimination et ils sont tous inquiétants. Il y a eu des jugements légaux impliquant l'usage des tests en sélection, mais à la suite de poursuites privées. L'histoire de la psychométrie montre qu'on doit craindres l'usage inconsidéré des tests. En fait, plus ils sont efficaces, plus ils sont dangereux quand ils sont mal utilisés.

L'eugénisme

Dès sa création, la psychologie différentielle a été entachée par des erreurs avec lesquelles nous devons vivre. Bien des praticiens de la psychologie différentielle ont été liés de près à l'eugénisme.

Le père de la psychologie différentielle, Francis Galton, a inventé l'eugénisme. Le terme veut dire "bon à la naissance" ou "noble au plan de l'hérédité". Galton a publié en 1869. Hereditary Genius (Le génie héréditaire). Il montrait que quelques grandes familles anglaises avaient fourni beaucoup de grands hommes. La sienne en faisait partie, par hasard. Il était le cousin de Charles Darwin. Un autre cousin était Herbert Spencer, un des fondateurs de la sociologie. Les trois ont exploité des idées autour de la survivance des plus aptes. L'université de Londres a eu un programme sur le sujet de l'eugénisme ensuite et il y a eu une chaire sur ce thème.

Le biographe de Galton, Karl Pearson, a été le premier à occuper la chaire de l'eugénisme au University College. C'est le Pearson qui a fait la fameuse formule pour calculer la corrélation. Cette formule est à la base de la psychologie différentielle moderne et de presque tous les calculs de la statistique inférentielle. Galton est à l'origine du développement de cette formule. On disait même à un moment donné psychologie corrélationnelle.

Curieusement, la plus grande découverte de Galton a été la loi de la régression vers la moyenne. Cette loi dit que les gens moins capables ont tendance à avoir des enfants plus proche de la moyenne, donc plus capables qu'ils ne le sont. Cette loi statistique a eu un impact dans bien des domaines. Par exemple, la théorie de la marche au hasard en finance et la théorie du chaos ont comme racine cette idée de Galton. Il a aussi inventé les empreintes digitales qui étaient uniques à la personne et qui servent à identifier les criminels. Ses travaux ont eu un grand impact en finance et dans d'autres domaines. Cette loi statistique contredisait ses idées eugéniques, mais il n'en a pas tenu compte.

Galton parlait d'eugénisme positif. Il proposait de favoriser les sujets les plus aptes. D'autres ont inversé le raisonnement. Ils ont cherché à éliminer ceux qui étaient inférieurs aux autres. Mettre les gens moins capables intellectuellement dans de grandes maisons blanches leur semblait très généreux. En effet, ces gens étaient souvent exploités, ridiculisés et pire encore.

L'eugénisme en Amérique

Vers 1890, les immigrants qui arrivaient aux USA n'étaient plus des irlandais ou des écossais. De plus, on a réalisé l'importance des différences individuelles dans la même population. L'étude de la sociologie permit de constater que certains contribuent à la société et que d'autres sont des boulets, des nuisances. Le psychologue Henry Goddard avait traduit le premier test pratique d'intelligence, celui de Binet en France. Goddard a documenté des familles qui étaient des boulets pour la société depuis des générations. Il voulait empêcher les gens moins capables de se reproduire et les moins capables avaient souvent le teint différent de la majorité blanche.

Il faut bien réaliser qu'à ce moment, les experts de la science psychologique travaillaient pour la société, pas pour les individus. Chacun devait contribuer à la société selon ses moyens et il était compris qu'il serait aussi récompensé en retour. En France, au début de l'orientation comme activité professionnelle, une pratique qui faisait beaucoup appel aux tests, Binet disait que l’orientation professionnelle devait aider à la construction d’une société «où chacun travaillerait selon ses aptitudes reconnues de manière à ce qu’aucune parcelle de force physique de fût perdue pour la société»(p.5).

Par exemple, le biologiste Charles Davenport a publié un livre intitulé: L'eugénisme, la science de l'amélioration des humains par de meilleurs croisements (1910). Il proposait des stéréotypes pour les races. Les italiens sont comme ci et les juifs comme ça. L'eugénisme allait souvent de pair avec des décisions au plan de l'immigration. Par exemple des quotas pour certains pays.

Binet a inventé le test psychologique pratique et il l'a fait pour dépister les enfants qui ne s'adapteraient pas bien à l'école. De façon générale, à l'époque, les scientifiques de tous les domaines ont servi la société sans vraiment poser de questions. Ceci, jusqu'à la création de la bombe atomique. Ils se sont battus longtemps pour que la société utilise leurs travaux.  Quand c'est arrivé, ils ont souvent perdu le contrôle de la situation.

Avec des médecins et des biologistes, des psychologues renommés du début du XXème siècle ont fait la promotion de l'eugénisme. C'est-à-dire d'une sélection par l'État pour améliorer la population. Arnold Gesell, un des plus grands psychologues du développement de l'enfant avait une perspective eugénique. Comme le raconte Frank L. Marchese, dans Psychologie canadienne, Gesell admirait beaucoup Lewis Terman qui a fait le test Terman-Merrill de fonctionnement intellectuel. Terman professait aussi des idées eugéniques. Il a travaillé pour Henry Goddard, un autre grand apôtre de l'eugénisme que nous avons mentionné.

Il est devenu important dans ce contexte de mesurer les individus pour évaluer leur condition. Bien des États américains et des Provinces canadiennes ont utilisé des psychologues pour savoir qui stériliser avec des tests de QI. Un eugéniste, H.C. Sharp, a inventé la vasectomie en Indiana pour les "retardés mentaux". C'était la façon de les empêcher de se reproduire. Plusieurs de ces lois ont été révoquées seulement dans les années 60.  C'est en 1981 que la Virginie, le dernier état américain à le faire, a éliminé sa loi.

Des programmes de stérilisation au Canada ont continué de s'appliquer jusque vers 1960.  Au Québec, les enfants de Duplessis n'ont pas été scolarisés. Ils n'ont même pas été testés. Ils ont été déclarés des retardés mentaux par des médecins qui servaient des institutions à court de fonds. Les psychologues ont donc fourni des arguments important au mouvement eugénique, en plus de certains outils. Bien d'autres professionnels ont aussi appliqué ces lois.

La documentation sur les idées nazies et l'apport des scientifiques dans ce domaine est documenté notamment par S.T. Gould.

Un musée de l'eugénisme

Pour comprendre comment les tests peuvent déranger, et nuire, on peut visiter Ellis Island à l’ombre de la statue de la liberté à New-York. Cette statue était le symbole de l'espoir des immigrants.

On voit dans ce petit musée comment les psychologues ont aidé l'Amérique à rejeter des immigrants en leur imposant des tests douteux pour éliminer les moins capables intellectuellement. Durant les décennies 1920 et 1930, beaucoup d'États américains et des provinces canadiennes ont adopté des politiques eugéniques. Par exemple, des personnes qui ont eu moins qu'un certain résultat à des tests ont été stérilisées pour éviter de "réduire la qualité de la population".

Les tests ont donc été un outil de contrôle social. C'était acceptable à l'époque de contrôler la population. Du moins, il y a eu des lois votées en ce sens dans beaucoup de pays et les experts se sont prêtés à ce jeu. En fait, les méthodes de reproduction que la génétique propose vont relancer ce débat. Il va falloir prendre position sur cette question au niveau public. Au niveau privé, nous pratiquons tous l'eugénisme. La beauté des gens se définit plus ou moins comme les traits que nous voulons voir chez nos enfants. Nous voulons que nos gênes se reproduisent et nous voulons que nos enfants soient beaux et en santé.

Un site général sur l'eugénisme

http://agora.qc.ca/mot.nsf/Dossiers/Eugenisme

Un site en anglais avec plusieurs documents et les lois américaines sur l'eugénisme :

http://www.eugenicsarchive.org/eugenics/

Voyez aussi un site sur les empreintes digitales:

http://wwwusers.imaginet.fr/~pol/1poli-sc.htm

L'eugénisme an Allemagne

Les nazis ont adopté les idées eugéniques qui ont été développée aux États-Unis.  En 1933, Hitler a instauré la stérilisation des personnes avec des tares génétiques dans le but de préserver la race aryenne. En 1939, on commença à éliminer ces personnes et tous les Juifs étaient visés. Les nazis ont voulu développer une race aryenne pure avec des conséquences négatives pour ceux qui n'en faisaient pas partie. Ils ont exterminé des millions de personnes pour toutes sortes de raisons qui ne font pas de sens.

Quand les nazis ont pris aux américains l’idée de l’eugénisme, ils ont pris de court bien des ardents supporteurs. L'idée a été abandonnée et elle nous fait maintenant honte. L'eugénisme est mort avec le nazisme, mais il a eu de l'impact. Depuis que nous avons des moyens sophistiqués de limiter ou de favoriser la procréation, la question de l'eugénisme se pose. Le clônage est une question récente, mais il faudra y répondre.

Autres formes de contrôle social

L'eugénisme est une forme de contrôle social. Les mesures de la personnalité ont aussi servi d'autres causes discutables. Par exemple, les inventaires de personnalité ont servi à détecter les homosexuels durant la seconde guerre mondiale. En 1935, les psychiatres américains ont décidé que c'était une maladie mentale.

Après 1945, les tests de performance intellectuelle ont eu beaucoup d'impact au niveau des universités. Par exemple, les tests de type SAT ont modifié le paysage universitaire américain. Avant la guerre, les universités avaient commencé à exiger plus des étudiants au niveau intellectuel. Les études n'étaient plus réservées aux fils de bonne famille. Avec les vétérans qui voulaient étudier et le développement des emplois de spécialistes dans l'industrie, les programmes d'études ont pris du tonus. Le livre The Bell Curve montre que les universités américaines favorisent les habiletés intellectuelles verbales. Les bons postes vont au gens capables au plan intellectuel. C'est mieux que de les donner aux enfants des riches, mais c'est un choix social et ces choses se discutent.

Les hôpitaux psychiatriques ont aussi servi le pouvoir en Union soviétique. Les médecins ont obtenu des confessions de la part des contestataires du régime. Des psychologues russes ont travaillé pour obtenir des confessions des prisonniers. Par exemple, des pilotes américains capturés ont témoigné en faveur de l'ennemi. Les américains ont rétorqué en étudiant des méthodes de "lavage de cerveau".

Il y a eu des dérapages sérieux à l'université McGill lors d'expériences de privation sensorielle et d'expériences avec des drogues comme le LSD. Ces études ont été menées pour la CIA qui voulait contrer ces "lavages de cerveau" qui semblaient se pratiquer en Union soviétique.

La fin de la science objective

Pour Condorcet "Toute société qui n'est pas éclairée par des philosophes est trompée par des charlatans". Le premier problème à régler pour faire avancer les connaissances était le poids de la tradition, les croyances religieuses et les privilèges de certaines classes sociales. Les professionnels qui avaient des intérêts à protéger n'étaient pas plus exempts de critiques que les nobles et les prêtres.

Quand la raison a pris la place de la religion pour comprendre le monde, la science démontrait qu'elle savait trouver des lois immuables. Cette idée de la science comme une source d'autorité rassurante est encore bien ancrée dans nos institutions, mais les scientifiques pensent maintenant autrement.

La loi de a gravité est rassurante. Elle marche tout le temps et pour tout. Des coquins comme Einstein ont montré que cette idée rassurantes est fausse dans certains cas. Quand des succès de la science ont remis en question des vérités scientifiques, la science a perdu ce rôle rassurant qu'elle avait grugé du côté de la religion. Depuis 50 ans, les idées scientifiques sont rationnelles et discutables par définition. Pour les scientifiques modernes, les idées sont comme les records sportifs. Elles sont destinées à être battues et remplacées par des idées meilleures encore. Cette humilité ne convient pas à tout le monde, en particulier aux gens qui aiment les vérités absolues.

La science est devenu la voie royale vers la connaissance au XVIIIème siècle, le siècle des lumières. "Il était donc rigoureusement nécessaire de séparer de la morale les principes de toue religion et de n'admettre dans l'instruction publique l'enseignement d'aucun culte religieux (...) de façon que vienne le temps où chaque homme enfin trouvera ses propres connaissances, dans la rectitude de son esprit, des armes suffisantes pour repousser toutes les ruses de la charlatanerie."

La raison est alors devenue un guide pour l'homme. La méthode expérimentale a été la méthode scientifique la plus prestigieuse dans les sciences pures grâce à la physique. Les applications des sciences physiques, surtout l'ingénierie, ont permis d'améliorer grandement les conditions de vie entre 1850 et 1900. Il y avait les sciences pures, ce qui veut dire qu'il y en avaient qui étaient impures.

Les sciences biologiques, qui étaient au départ les sciences naturelles, aussi ont aussi eu un impact majeur par la médecine et l'hygiène publique. On peut citer Pasteur comme modèle pour montrer l'impact positif de la biologie. Pasteur a découvert comment chauffer le vin pour réduire la fermentation. Le vin devenait une grande industrie et Pasteur a montré  comment sauver le tiers de la production qui se perdait couramment à cause d'un phénomène simple. La solution était simple aussi, mais économiquement très importante.

Les sciences humaines ont voulu imiter ce genre d'impact. C'était naturel d'adopter la méthode expérimentale qui semblait donner tant de résultats. L'eugénisme, proposé par Galton, Pearson et bien d'autres était un moyen scientifique d'améliorer la race humaine comme les agronomes ont amélioré les plantes cultivées et modifié les races animales par sélection artificielle.

Les psychologues ont mis un sarrau blancs comme les biologistes et ils ont utilisé des appareils électro-mécaniques pour mesurer des réactions psychologiques. . Encore aujourd'hui. beaucoup de cours de psychologie tentent d'inculquer d'abord aux étudiants l'idée que la psychologie est une science. Ce statut était bien important en 1900 et toute l'histoire de la psychologie a été axée sur la recherche d'un statut scientifique.

L'évolution du contrat social des scientifiques

Il faut réaliser que si la psychologie défend maintenant les individus qui sont victimes de sévices en tous genres. La psychologie différentielle servait au départ la société. Les psychologues du travail servent généralement les patrons. Les scientifiques qui ont aidé le gouvernement américain à faire la bombe atomique n'ont pas tous été d'accord avec son usage. Ils ont fait sortir le génie de la bouteille, mais ils ne pouvaient ensuite le contrôler. Ce qu'on a appelé le "complexe militaro-industriel", les grandes entreprises et les militaires, ont cherché à systématiser l'apport des scientifiques pour développer des armements et la productivité.

Vannevar Bush, avait dirigé le travail de 6000 scientifiques américains comme Durecteur de l'Office of Scientific Research and Development. Dans un article célèbre, il a proposé aux scientifique de continuer ces efforts en  temps de paix. Il propose plusieurs opportunités, dont l'usage des ordinateurs avec la métaphore du bureau comme nous l'avons depuis 1970. Par exemple:

"Consider a future device for individual use, which is a sort of mechanized private file and library. It needs a name, and, to coin one at random, "memex" will do. A memex is a device in which an individual stores all his books, records, and communications, and which is mechanized so that it may be consulted with exceeding speed and flexibility. It is an enlarged intimate supplement to his memory. It consists of a desk, and while it can presumably be operated from a distance, it is primarily the piece of furniture at which he works. On the top are slanting translucent screens, on which material can be projected for convenient reading. There is a keyboard, and sets of buttons and levers. Otherwise it looks like an ordinary desk."

http://www.theatlantic.com/unbound/flashbks/computer/bushf.htm

Il y propose que les méthodes de la recherche doivent être améliorées. (Professionally our methods of transmitting and reviewing the results of research are generations old and by now are totally inadequate for their purpose.)

Pour tous les scientifiques, les succès qu'ils ont obtenu durant la guerre ont été flatteurs. Ils ont aussi appris qu'ils n'étaient pas toujours objectifs et qu'ils pouvaient être manipulés. Les populations occidentales ont pris leurs distances vis-à-vis le nationalisme de leurs gouvernements après la première guerre mondiale. La science fait de même via-à-vis des autorités après 1945. Après la seconde guerre mondiale, les scientifiques ont développé leur sens moral.

La psychologie des années 50 servait encore le pouvoir et les gens en position d'autorité étaient à ce moment rarement remis en question. Avec les années 1960, les normes sociales ont été remises en question. La psychologie a joué un rôle non-négligeable dans cette évolution. Par exemple, les psychologues ont travaillé dans les années 1950 pour identifier les personnes qui pouvaient facilement servir des systèmes autoritaires. Le Congrès Juif américain a commandé des études dans ce sens (Adorno 1953). Les gens bien socialisés, les exécutants qui ne posent pas de question et qui tirent leur confiance en eux du rôle qu'ils jouent dans une hiérarchie ont été pointés du doigt. Les piliers des institutions peuvent faire marcher des camps de la mort et rentrer tranquillement à la maison le soir pour s'occuper de leurs enfants.

Le conformisme a perdu la cote et les individus sont devenus le dernier bastion de la morale. Dans les années 1960, les gestionnaires qui étaient des "hommes de compagnie" (les fameux company man) ont été dénoncés. Un des grands gurus du Flower Power a été Timothy Leary, un auteur important dans le domaine de la personnalité, a fait la promotion du "Peace and Love".

Si les psychologues ont d'abord servi le pouvoir, ils sont passés depuis du côté des victimes du pouvoir dans la majorité des cas. Ils ont aussi beaucoup fait pour enlever au pouvoir le lustre dont il a toujours joui. Ils ne se sont pas contentés comme les scientifiques en général de prendre leurs distances vis-à-vis la société. Ils sont souvent devenus les défenseurs des victimes. Les victimes sont souvent victimes de quelqu'un qui exerce du pouvoir. Il est bien entendu que le rôle de la psychologie dans l'eugénisme et dans les idées nazies n'est pas passé inaperçu. Dans ce changement, les psychologues ont cessé d'être des chercheurs et ils sont devenus des cliniciens orientés sur les gens.

Le premier drame de la psychologie différentielle

En 1950, la sciences est donc devenue plus organisée. Elle a commencé à se pratiquer en équipe et les gouvernements ont fourni des fonds aux universitaires. Organiser des équipes, obtenir des fonds et planifier de multiples projets a changé la face de la science. Des spécialistes ont établi la variété des modèles expérimentaux et les méthodes de recherche sont devenues un sujet d'étude en soi. Les psychologues sont devenus des spécialistes de ces méthodes rigoureuses.

La psychologie différentielle avait le monde comme laboratoire et elle semblait désorganisée. Un texte de 1957 de Lee Cronbach résume les attitudes de l'époque : La psychologie expérimentale est organisée et la psychologie différentielle ne l'est pas.

http://psychclassics.yorku.ca/Cronbach/Disciplines/

Un bout du texte précédent disponible sur internet résume son attitude: "The experimental method -- where the scientist changes conditions in order to observe their consequences -- is much the more coherent of our two disciplines. Everyone knows what experimental psychology is and who the experimental psychologists are. Correlational psychology, though fully as old as experimentation, was slower to mature. It qualifies equally as a discipline, however, because it asks a distinctive type of question and has technical methods of examining whether the question has been properly put and the data properly interpreted."

"L'immaturité" de la psychologie différentielle a eu pour effet que durant 30 ans les recherches en psychologie différentielle ont été jugés comme les recherches faites avec la méthode expérimentale, ce qui est une aberration. Pourtant, le bout cité montre que Cronbach comprenait bien que les deux domaines étaient différents.  Expier l'eugénisme n'est pas écrit dans le texte, mais cela a compté.

L'idée d'encadrer ainsi la démarche des chercheurs plaisait aux esprits systématiques, mais tuait aussi la créativité. Dans la mesure où il fallait des exécutants chercheurs afin de mener à bien les protocoles de recherches des grands chefs chercheurs, la créativité n'était plus requise de tous. Dans son allocution présidentielle devant la Société canadienne de psychologie, Luc Granger réfute l’idée que la méthode expérimentale soit la seule méthode scientifiquement valable. Il présente ses idées comme “quelques doutes méthodologiques qui m’assaillent lorsque j’examine certaines recherches...”. Oser questionner la méthode expérimentale dans un domaine où elle a été déifiée est en effet bien grave. On a fait de cette approche un rituel stérile qui ne sert ni les chercheurs, ni les praticiens.

Le purgatoire de la psychologie différentielle a été levée entre 1990 et 2000. Dans un cas, par un de ceux qui l'avaient établie 25 ans plus tôt (Guyon en 1998). Chaque approche scientifique a ses avantages et ses inconvénients. Les experts de cette approche tentent encore de faire des leçons aux autres approches, mais la psychologie a reconnu avoir trop misé sur cette approche depuis.

Le monde comme laboratoire ou le laboratoire comme seule réalité

La méthode expérimentale en psychologie a eu beaucoup d'autorité. Elle a assimilé la psychologie différentielle en même temps qu'elle a adopté les outils statistiques qui ont été d'abord développés en psychologie différentielle. En ajoutant des méthodes expérimentales rigides à son blason, elle a eu les pleins pouvoirs.

Cette méthode permet de montrer des relations de cause à effet, mais les questions de finalité, la raison des choses, lui échappe. Surtout, si la situation en laboratoire n'est pas une approximation d'une réalité. Par exemple, le professeur Jacques Bergeron simule la conduite automobile à l'université de Montréal. Il demande à des chauffeurs de conduire une vraie petite Honda qui a été apportée en pièces dans un local. Cette voiture est populaire auprès des jeunes. Durant les expériences, ils roulent devant un écran sur lequel on projette l'image d'une route. On peut leur proposer un verre d'alcool pour en étudier l'effet. Cette situation n'est pas la réalité, mais une bonne approximation. Le chercheur en est conscient et faire plus vrai coûte plus cher.

Par exemple, quand on étudiait le vide en physique au XVIIème siècle, on a inventé des pompes à vide, une haute technologie pour le temps. On savait que le vide obtenu n'était pas le vrai vide et qu'il fallait interpréter les résultats en conséquence. La situation expérimentale n'était pas parfaite, mais elle référait à quelque chose qu'on se donnait la peine de préciser, si ce n'était pas évident.

En psychologie, la recherche est souvent faite dans des laboratoires qui sont le seul milieu connu où on observe les phénomènes étudiés. Le laboratoire ne reproduit pas un milieu réel. Il est un milieu unique et aussi réel que les autres parce qu'il s'y produit des choses uniques. Quand le laboratoire est le milieu le plus réel que les chercheurs connaissent, ils ne peuvent faire la différence entre la laboratoire et la réalité.

Au lieu de penser que la situation en laboratoire ne référait à rien dans la réalité, ils ont préféré penser qu'elle voulait tout dire. Les psychologues ont souvent favorisé une compréhension de l'homme hors de l'espace et hors du temps. Par exemple, la cage de Skinner recrée le comportement des organismes, The behavior of organisms, de tous les organismes et de tous les comportements.

Voyons un cas classique. Les rats devaient apprendre leur chemin en partant toujours du même bout du labyrinthe. Une fois arrivés au but, ils étaient pris par le Deus ex machina, la main du chercheur, et ramenés au point de départ. Si c'est ainsi que vous apprenez un chemin dans la vie, les résultats décrivent votre fonctionnement. Beaucoup de gens apprennent mieux en revenant sur leur pas et la théorie n'en tenait pas compte.

Un autre cas classique est celui des études du comportement sexuel du rat. On a étudié le comportement des rats dans des petites cages où le mâle et la femelle étaient si proche que leur comportement étaient perturbé. Les conclusions ont été le contraire de ce que les experts qui voyaient de vrais rats pensaient. Dans la nature, la distance à laquelle la femelle s'approche du mâle lui signale quelque chose. Dans la petite cage, elle était si proche qu'il se pensait attaqué et qu'il réagissait comme tel.

Les aberrations crées par la méthode expérimentale mal appliquée en psychologie sont bien nombreuses et fort embarrassantes.

Le virage clinique de la psychologie

Le bonheur des uns fait le malheur des autres. Le problème le plus sérieux pour la psychologie différentielle après la seconde grande guerre a été la création de la profession de psychologue cliniciens.

Cette profession a été crée par l'administration américaine des vétérans et elle a permis aux psychologues, surtout des chercheurs à ce moment, de faire du travail pratique sur une grande échelle. Ils avaient comme mandat de faire des recherches pour savoir quoi faire avec les vétérans dans un premier temps. Ensuite, ils devaient les traiter pour les aider.

On a donc formé des cliniciens pour appliquer les méthodes mises au point à la suite des recherches. Ces cliniciens n'étaient cependant pas des chercheurs. Ils sont venus en psychologie pour aider. Ils ont adopté la pensée des psychiatres qu'ils remplaçaient. Ils ont utilisé des tests, mais des tests comme les psychiatres les voulaient. Ils ont fait de la thérapie comme des psychiatres. Ils ont ensuite offert leurs services au public, mais en dehors du contexte d'une organisation comme celle des vétérans.

Les quelques psychologues qui ont travaillé pour les psychiatres avant 1939 étaient des techniciens pour les psychiatres comme les chimistes du laboratoire qui analyse les urines. Ils recueillaient des informations que le psychiatre interprétait. Il n'avaient pas l'autonomie pour interpréter. Quand les psychologues sont devenus des thérapeutes après la seconde guerre mondiale, c'était enfin un travail professionnel avec un contact avec le client. La psychologie est alors devenue axée sur la pathologie et son traitement.

Les tests ont été mis de côté avec le temps et l'approche scientifique propre à la psychologie a été délaissée aussi par les praticiens. Le succès de la psychologie clinique, et le changement profond de culture qu'elle a fait en psychologie, a donc permis de créer une profession, mais une profession dans laquelle les spécialistes de la psychologie différentielle sont maintenant une minorité sans importance.

Cette profession a été définie avec un modèle, le modèle du scientifique-professionnel. Par ce modèle qui date de 1949, le modèle de Boulder, les psychologues sont d’abord formés aux méthodes de la psychologie académique. Ils apprennent à faire de la recherche et ils apprennent des méthodes quantitatives nécessaires pour découvrir des phénomènes nouveaux.

Le plus curieux dans tout cela c'est que les praticiens de la psychologie différentielle sérieux, ceux qui savent valider leurs outils et aussi les interpréter, sont les modèles de la profession. Le modèle du scientifique-professionnel ne convenait pas aux cliniciens qui font peu appel aux méthodes quantitatives et qui ont adopté l'approche psychiatrique. Par chance, l'approche psychiatrique dépend maintenant de psychologues comme Millon.

Les durs et les mous en psychologie

Il y a maintenant un immense fossé en psychologie entre les psychologues d’allégeance scientifique et les psychologues d’allégeance humaniste qui font du travail clinique. L’existence des deux groupes est bien documentée. Keith Dobson, alors président sortant de la CPA, traite de cette question dans le numéro de janvier 1995 de Psynospis, la revue d’affaires courantes de la Société canadienne de psychologie.

Les conflits entre théoriciens et cliniciens ont mis en péril l’existence de la Société canadienne de psychologie et de l’American Psychological Associaton plusieurs fois. C’est assez facile de séparer les durs des mous. On peut même compter sur leur propre perception de ce qu’ils sont et de ce qu’ils font en bonne partie. Des chercheurs ont mesuré ces différences et on peut avoir une bonne idée avec les résultats d’une seule des recherches en ce sens. Peter Zachar et Frederick Leong (1) et (2) ont fait une échelle de personnalité de 42 items pour distinguer les deux groupes (le TOSI). Ils ont aussi utilisé des mesures d’intérêts professionnels et les ont interprétées comme des dimensions de la personnalité.

Les personnes avec une orientation scientifique ou objective aiment les méthodes quantitatives. Ils visent des explications réductionnistes (essayer d’expliquer plusieurs phénomènes par quelques notions). Aussi, ces personnes s’intéressent aux comportements et voient les relations de cause à effet de façon impersonnelle. Tout ceci correspond aux objectifs de la science pour prédire des phénomènes qui sont réduits à des catégories stables ou expliquer le passé. Ces psychologues ressemblent en fait aux chercheurs dans les sciences pures.

A l'autre bout su spectre, les cliniciens s'occupent de cas individuels. Ils font des hypothèses nouvelles pour chaque client. Ils utilisent en fait peu de théories générales, si ce n'est comme cadre de pensée et de façon implicite. Les organismes de contrôle de la profession profession demandent à leurs membres s'adhérer à une théorie, comme si une seule théorie pouvait suffire à un praticien.

Le désastre de 1968

Si les experts de la psychométrie devaient valider leurs tests depuis les années 1950, en 1968 Walter Mischell a écrit un article qui a dévasté l'étude de la personnalité. Il a simplement questionné la validité des mesures de personnalité. Le problème, c'est qu'il a trouvé bien peu de preuves de la validité des mesures de la personnalité. En 30 ans, les chercheurs avaient fait beaucoup d'efforts pour comparer leurs mesures entre elles. Les mesures se validaient l'une l'autre, mais peu de mesures étaient validées par des critères externes fiables. Ces experts vivaient dans leur bulle.

Vers la même époque, les mouvement pour abolir la ségrégation aux USA ont obtenu des lois limitant la discrimination dans l'emploi. Les juges ont ainsi eu à se prononcer sur la valeur des tests. Ils ont été jugés sévèrement dans un premier temps. Ils sont vite devenus une honte pour la psychologie. Après quelques années de prostration, les experts ont démontré que les tests étaient le moyen le plus juste d'évaluer. Ils ont fait leurs devoirs. C'est à la suite de cette période que les mesures de la personnalité sont devenues plus sérieuses. Elles sont devenues plus concrètes et les inférences qu'on en tirait sont devenues plus prudentes.

Beaucoup d'entreprises ont adopté les nouveaux tests de performance intellectuelle comme après la première guerre. Les tests de personnalité ont aussi été utilisés après la seconde guerre. C'est dans ce secteur que les progrès avaient été le plus impressionnant à l'époque, mais le matériel était encore clinique. Plusieurs ont été faits pour la personnalité normale, mais ils sont arrivés en 1950-1955 (16PF, CPI par exemple). Presque tous ces tests étaient des mesures dont l'interprétation était laissée au professionnel qui les utilisait. Depuis, les tests de personnalité ont souvent été mal utilisés parce qu'ils étaient athéoriques. Ils ne venaient pas avec un bon manuel de l'utilisateur. Il fallait développer des normes d'éthique pour leur utilisation et le manque de contrôle sur les utilisateurs n'a pas aidé.

Le retour vers 1980

Dans les années 1980, les théories de la personnalité basées sur des mesures ont repris du poil de la bête. Les experts ont montré une rigueur nouvelle. Ils ont fait ce qu'il devaient faire tout simplement.

Au plan théorique, la psychologie différentielle a réussi à s'unifier dans le domaine de la personnalité autour d'un modèle à 5 facteurs. Ce modèle était déjà là en 1935, mais le consensus n'a pas été fait à ce moment pour de mauvaises raisons. Dans le domaine du fonctionnement intellectuel, des théories nouvelles sont apparies comme le modèle tri-factoriel de R.S. Sternberg. De plus, le pont a été fait entre la personnalité et la performance intellectuelle.

Donc, de bonnes mesures ont été faites, mais récemment. C'est maintenant requis de montrer la validité des tests et cela se fait correctement quand il y a une pression pour que les experts utilisent de bons tests. C'est le cas aux USA, mais ce n'est pas encore le cas au Québec.

La valeur des tests actuels

On prédit maintenant aussi bien avec des mesures de personnalité qu'avec des mesures de performance intellectuelle (Hogan, R, Johnson J. et Briggs, S.(1997), Handbook of personality psychology, Academic Press San Diego). Les outils sont plus raffinés, mais la personnalité fait une plus grande différence. Les spécialistes mesurent mieux, mais c'est aussi plus facile de mesurer. Mesurer des gens qui sont plus constants aide énormément.

De plus, les employeurs veulent maintenant des gens qui font plus qu'une tâche intellectuelle et le travail est plus exigeant. Il faut par exemple, convaincre ou créer une ambiance avec le client. Avec les habiletés intellectuelles, on a souvent pensé qu'il n'y en avait jamais trop. Dans le cas de la personnalité, le plus est souvent l'ennemi du bien. Chaque trait poussé à l'extrême peut devenir une contingence, un défaut même. La pression pour produire crée des pressions qui font ressortir les différences entre les personnes qui réussissent bien dans un travail. Par exemple, en 1950 les secrétaires et les commis ressemblaient aux jeunes femmes en général. Travailler dans un bureau était une activité temporaire avant de se marier pour bien des femmes. En 2000, pour occuper un poste de secrétaire ou de commis, il faut plus de compétences et un certain engagement. Le travail est plus exigeant et le marché du travail offre plus d'alternatives. Les secrétaires ont maintenant un profil particulier.

L'interprétation des tests

Les outils de Dokimos sont faits selon les normes de la psychométrie, mais les principes statistiques ne suffisent pas pour les interpréter. Un graphe ne suffit pas à rendre compte de la situation. Il faut interpréter les mesures de la personnalité et du fonctionnement intellectuel en tenant compte de l'interaction entre les mesures. Il faut tenir compte de l'ensemble, donc de la personne en plus d'examiner les éléments. De plus, ils ne sont pas faits pour tout le monde. Ils sont faits pour des gens qui vivent dans un certain milieu et dont on peut espérer certains traits. Nous interprétons les résultats selon la tradition personologique. C'est une tradition clinique qui a peu en commun avec la psychométrie. Pour bien apprécier cette approche, il faut voir comment elle s'intègre avec les divers moyens qui existent de parler des personnes.

L'approche personologique implique qu'il faut intégrer les résultats. Les bons évaluateurs le font. Nous poussons la mise un peu plus en disant que nous visons à dire qui est particulier, ce qui distingue cette personne des autres. Pas exactement ce que la personne aime penser d'elle-même, mais ce que les gens du milieu du travail dans lequel elle évolue vont dire quand ils la connaîtront.

Nos normes de construction

Les outils de Dokimos sont conformes aux normes les plus sophistiquées de la psychométrie actuelle, celles de l'American Psychological Association de 1993 sur la validité théorique. Parmi les exigences les plus récente, il faut décrire les valeurs sous-jacentes à un outil pour qu'ils soient bien interprétés. Comme ce que nous faisons ici. Les utilisateurs de tests qui ont 50 ans ans y arrivent difficilement.

Avec les traits nombreux qui sont mesurés et organisés dans un système selon les exigences des emplois, on peut comprendre les personnes en utilisant une variété de modèles. En répondant aux question, les gens révèlent leurs stratégies, leurs plans et leur façon de comprendre le monde. Par exemple, nos styles de fonctionnement cognitif et nos valeurs entrent dans cet aspect de la personnalité qui est le plus sous le contrôle de la personne.

Les traits permettent aussi de mesurer les habiletés sociales et la volonté des gens d'agir sur le monde au niveau affectif. Par exemple, sourire à des clients dans le cadre du travail ou leur vendre quelque chose.

Les outils et leur usage

Il faut donc des outils valides et aussi des usages valides. Comme bien des techniques, les attentes vis-à-vis des tests qui ont été projetées ont été bien grandes. Des progrès immenses ont été faits. Des outils qui datent de 1920 sont encore en usage. Ce ne sont pas les pires non plus. Le domaine de la psychologie différentielle a beaucoup évolué depuis 20 ans.

La clef des derniers succès a été de mesurer des gens qui se mesuraient bien. En effet, les patients psychiatriques ne savent pas, hésitent ou leur perception est carrément mauvaise. En mesurant simplement ce qui se mesure bien avec des gens qui se mesurent bien, les gains ont été importants.

Les normes d'utilisations ont beaucoup évolué. Par exemple, on ne valide plus un test, mais l'usage d'un test. Les outils et l'usage d'un outil avec une population et dans un cas donné sont maintenant des choses différentes. Les spécialistes servent souvent des institutions qui prennent les décisions finales à la suite d'un rapport. Le public ne fait pas toujours la différence entre l'apport de l'expert, celui de ses outils et la décision finale qui intègre les éléments.

Le public doit exiger des outils récents et validés. Il doit demeurer critique et se demander profite des outils et quelles valeurs sont véhiculées par les outils de façon implicite.

En même temps, les outils ne sont jamais neutres. Par exemple, les ordinateurs personnels sont une technique. Ils ont favorisé certains groupes et nui à d'autres. Il faut poser les questions sur la validation ouvertement au sujet des tests. Les gens qui s'y connaissent savent y répondre et ils peuvent donner l'heure juste au sujet de la valeur de leurs outils

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