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Condorcet et la personnalité

Condorcet et l'homme maître de lui-même

"Il arrivera donc, ce moment où le soleil n'éclairera plus sur la terre que des hommes libres, ne reconnaissant d'autre maître que leur raison ; où les tyrans et les esclaves, les prêtres et leurs stupides ou hypocrites instruments n'existeront plus que dans l'histoire et sur les théâtres ; où l'on ne s'en occupera plus que pour plaindre leurs victimes et leurs dupes ; pour s'entretenir, par l'horreur de leurs excès, dans une utile vigilance ; pour savoir reconnaître et étouffer, sous le poids de la raison, les premiers germes de la superstition et de la tyrannie, si jamais ils osaient reparaître !...
 
...Ces différences ont trois causes principales : l'inégalité de richesse, l'inégalité d'état entre celui dont les moyens de subsistance assurée pour lui-même se transmettent à sa famille, et celui pour qui ces moyens sont dépendants de la durée de sa vie, ou plutôt de la partie de sa vie où il est capable de travail ; enfin, l'inégalité d'instruction..." l'Esquisse, chap. 10

Marie Jean Antoine-Nicolas de Caritat de Condorcet

(1743-1793)

Sa biographie la plus récente est celle de Badinter et Badinter. Les éléments les plus importants sont disponibles sur Internet et son texte le plus important est l'Esquisse d’un tableau historique des progrès de l’esprit humain.

Les grandes contributions de la psychologie

La psychologie clinique actuelle met l'emphase sur l'importance des émotions comme moyen de changer le patient. Nous savons que la raison n'est pas un guide. Le mouvement cognitiviste vers 1970 a réintroduit la cognition en psychologie. Nous savons maintenant, depuis l'erreur de Descartes notamment, que pensée et émotions sont nécessaires pour agir et changer. La psychologie a donc fait quelques pas très fondamentaux depuis Condorcet. Elle a découvert l'importance des émotions. Elle a défini les éléments du fonctionnement intellectuel et des émotions, des liens entre les émotions et le cerveau. Enfin, elle vient juste de réintégrer le fonctionnement intellectuel et le fonctionnement émotif. Condorcet néglige tout à fait le fonctionnement émotifs, sauf pour souhaiter de ne pas frustrer les gens. Enfin, la psychologie a abordé le fonctionnement des personnes d'une façon scientifique.

Bien avant, Descartes avait proposé que nous pouvions fonctionner comme des machines. Condorcet a proposé des applications des probabilités. Par exemple dans Essai dur l'application de l'analyse à la probabilité des décisions (1785). Il étudia les décisions de témoins lors des procès. Il s'intéressait à leur applications plus qu'à comprendre leur explication. En fait, il proposera que dans de bonnes conditions, les hommes se développement bien. Il ne proposa pas que ce serait probablement vrai, mais que ce serait toujours vrai parce qu'il voyait le fonctionnement d'un ensemble. Les phénomènes sociaux sont remarquablement ordonnés quand on les considère en grands nombres. Il propose un homme idéal désincarné comme il y en a un dans les textes sur les droits de l'homme. Ce n'est pas surprenant puisqu'il a fait une contribution majeure à ces textes qui sont à la base des lois fondatrices des grandes démocraties et des déclarations des droits de l'homme.

Au moment de la révolution, Condorcet a proposé le premier que la France pouvait se passer d'un roi. Il a décrit dans un article de journal comment un roi mécanique pourrait remplacer avantageusement sa majesté. Ce fût un scandale et il perdit plusieurs ami étant lui-même un noble.

Pourquoi lire Condorcet

Il faut lire Condorcet pour quelques raisons. La première c'est pour ce dont il ne parle pas. Le modèle de l'homme de Condorcet propose doit devenir autonome et maître de lui-même. Ceci devrait suffire à développer son jugement, sa confiance en soi et l'indépendance qui lui fera ensuite favoriser la liberté, l'égalité et la fraternité.  Selon lui, il suffisait de ne pas nuire à ce développement pour que tout de passe bien... généralement. Quand la psychologie était une branche de la philosophie, elle consistait surtout à comprendre les erreurs de développement, les déviations par rapport à la raison. Depuis, nous avons appris que même les philosophes ne sont pas des êtres rationnels.

Condorcet est presque un modèle de ce développement rationnel qu'il souhaitait pour tous. Le héros est mort pourchassé sous la terreur pendant la révolution et de façon bien peu glorieuse. Sa vie politique n'a pas été un succès et en bonne partie parce qu'il se fiait trop à la force des arguments raisonnables.

Donc, Condorcet n'explique pas comment l'individu peut arriver à un développement parfait sans le support de son milieu autre que l'éducation qui est un processus intellectuel. Il n'explique pas comment l'individu peut se tenir debout tout seul, à se maîtriser pour éviter toutes les faiblesses qui ont tant nui aux autres. Il suppose cependant que la nature y pourvoit...généralement.

Il explique dans son Esquisse beaucoup d'influences du milieu sur l'individu en général, des idées qui sont encore bonnes. Il le fait avec une optique très positive.

Un modèle d'optimisme

Ces pages présentent le plus optimiste parmi les optimistes : Condorcet. Elles mettent en lumière à quel point la psychologie s'est spécialisée depuis 1945 dans la victimologie. Condorcet a une vision très optimiste de l'homme et cette vision a été inscrite dans la Constitution française. Il a exprimé cette vision le plus clairement dans son Esquisse pendant la terreur sous la révolution. Il était pourchassé et condamné d'avance à mourir. La populace était une cause importante de ses malheurs. Il avait toutes les raisons de critiquer le déchaînement de la population, mais il rédigea quand même un texte positif. Ses raisons d'être positif ne sont pas les mêmes que les nôtres. Nous avons vu les résultats de la démocratie et de l'application des sciences pour améliorer le bien-être de la population. Nous avons aussi vu les limites de l'éducation dans laquelle il croyait tant. Nous avons vu les limites de l'État-providence qu'il n'a pu imaginer. Nous sommes cependant positifs comme lui.

Un intellectuel de calibre

Condorcet fût un intellectuel de calibre. Il devient membre de l'Académie des sciences à 26 ans et plus tard Secrétaire perpétuel. Il sera aussi membre de l'académie française. Il s'impose par la profondeur de ses vues, mais il n'est pas limité à sa spécialité. Julie de l'Espinasse, qui tenait salon et qui a été sa confidente, a dit de lui "Parlez-lui philosophie, belles-lettres, sciences, arts, gouvernement, jurisprudence, et, quand vous l'aurez écouté, vous direz cent fois par jour c'est l'homme le plus étonnant que vous ayez jamais entendu. Il n'ignore rien, pas même les choses les plus disparates à ses goûts et ses occupations ; il saura les formules du palais et la généalogie des gens de la Cour, les détails de la police et le nom des bonnets à la mode ; enfin rien n'est au-dessous de son attention, et sa mémoire est si prodigieuse qu'Il n'a jamais rien oublié." (Badinter p. 57)

Il est aisé par Lagrange, d'Alembert, Voltaire et Turgot qui sont des gens connus et influents. Il est socialement malhabile et très timide. Il se lie aussi d'amitié avec Julie de l'Espinasse, l'amie de d'Alembert qui tient salon. Sa timidité est un gros handicap dans les salons. Par exemple, il ne saura jamais faire un discours charismatique quand il sera en politique. Il fuira la tribune de l'assemblée, mais fera des travaux importants dans des comités. Pour un président d'assemblée, ce n'est pas évident.

La vision des sciences humaines

Ses travaux mathématiques les plus importants pour les sciences humaines ont trait aux probabilités et aux statistiques. Il a proposé de les appliquer aux sciences de l'homme et d'appliquer à l'homme la méthode des sciences. Son discours d'introduction à l'Académie française fût très significatif pour deux raisons. Premièrement, il proposa cette idée des progrès infinis de l'esprit humain qui devint éventuellement son texte majeur. Cette vision évolutive de la société, et positive de l'homme, demeure un texte valable 200 ans plus tard. Après la lecture de certains chapitres de l'Esquisse, il faut réfléchir pour trouver ce que nous savons de plus. Par exemple, quand il traite de l'importance de l'écriture et de l'imprimerie, il vise drôlement juste pour son époque.

Il croyait dans les lumières, c'est-à-dire la raison. Comme académicien, il travailla avec Benjamin Franklin et un comité sur les prétentions de Mesmer quand ce dernier a été au faîte de sa popularité en France. Mesmer est bien connu des étudiants de psychologie. Il prétendait guérir tous les maux grâce au "magnétisme animal" et il a berné bien des gens. Franklin avait inventé le paratonnerre et il avait une autorité dans le domaine de l'électricité et du magnétisme. Le comité a conclu que le phénomène en cause, que nous appelons maintenant hypnose, est en réalité une réaction des personnes. Condorcet voyait donc les réactions psychologiques, mais il les minimisait. Elles étaient des errements qu'on pouvait corriger. Quand nous observons que les Mesmer font encore recette et qu'il y en a à l'intérieur des profession, nous devons apprécier sa rigueur et son honnêteté.

L'énoncé visionnaire

Lors de son discours d'introduction de 1782 devant l'Académie française, il rappela aussi la possibilité d'appliquer les gains d'une science à une autre. C'était une idée originale de son ami d'Alembert et il proposa ensuite spécifiquement d'appliquer les méthodes des sciences aux sciences nouvelles "dont l'objet est l'homme même, dont le but direct est le bonheur des hommes."  Il les appela les sciences morales.

Il propose d'étudier le fait politique et social en appliquant les statistiques et le calcul des probabilités, deux de ses sujets préférés comme mathématicien. Les statistiques sont alors un mot qui a moins de 10 ans et qui vient d'Allemagne. Ce mot désigne les mathématiques de l'État. Galton et Pearson les appliqueront en psychologie 100 ans après. Durkheim le fera en sociologie. En bonne partie, l'histoire de la psychologie a été de rétrécir l'importance de l'âme et de remplacer les explications religieuses par des explications naturelles. Depuis Descartes, le corps était une machine. L'âme gardait un contact avec le divin et elle était animée par le divin. Sans le dire hostilement comme Condorcet l'a fait, la psychologie gruge jour après jour les manifestations de l'influence divine. Les grandes religions ne prétendent plus expliquer la nature et l'expérience religieuse est maintenant conçue comme un besoin de la personne. Elle n'est plus souvent imposée de façon autoritaire et ce n'est plus impérieux de la démolir comme au temps de Condorcet.

La science comme danger public

Condorcet a vécu au moment de plusieurs découvertes scientifiques capitales. Par exemple, au temps de Lavoisier et de la première mongolfière. Les succès des sciences n'ont pas eu un sens positif pour bien des gens de cette époque. Il y a eu un conflit au XIXème siècle entre la formation scientifique, de plus en plus étroite et de plus en plus détachée de la réalité, et la formation humaniste générale qui était au coeur de l'éducation. Le modèle universitaire allemand, les romans et d'autres domaines ont traité chacun à leur façon de ces conflits entre l'homme et son milieu.

On visait en éducation surtout le développement du caractère et des valeurs morales. Nos facultés donnent maintenant des notes aux étudiants qui démontrent qu'ils savent le sujet et les professeurs n'osent plus juger du caractère des étudiants. Ils laissent ce jugement au monde du travail, à la vie, et notre rôle en évaluation pour le monde du travail nous laisse souvent bien seuls avec ce rôle qui a déjà été central en éducation.

Liberté, égalité et fraternité

Condorcet voulait mettre la science au service du perfectionnement de l'homme, mais il voyait des individus autonomes. Nous vivons maintenant dans une société très individualiste, sauf que nos comportements ne sont pas guidés par la raison comme il le proposait.

L'instruction

Au sujet de l'instruction, dans laquelle il met une confiance absolue :"..on peut instruire la masse entière d'un peuple de tout ce que chaque homme a besoin de savoir pour l'économie domestique,... pour ne point dépendre aveuglément de ceux à qui il est obligé de confier le soin de ses affaires ou l'exercice de ses droits, pour être en état de les choisir et de les surveiller, pour n'être plus la dupe de ces erreurs populaires qui tourmentent la vie de craintes superstitieuses et d'espérances chimériques ; pour se défendre contre les préjugés avec les seules forces de sa raison ; enfin, pour échapper aux prestiges du charlatanisme, qui tendrait des pièges à sa fortune, à sa santé, à la liberté de ses opinions et de sa conscience, sous prétexte de l'enrichir, de le guérir et de le sauver...Enfin, l'instruction bien dirigée corrige l'inégalité naturelle des facultés, au lieu de la fortifier."

Il n'est donc pas beaucoup question des réaction émotives chez Condorcet. C'est la raisons qui doit servir de guide et cela suffit. Cela suffit même à corriger les inégalités intellectuelles. Nous pensons maintenant bien différemment. Le rôle des émotions a pris de l'importance et nous savons que le développement intellectuel n'implique pas nécessairement un dveloppement moral. Pourtant, notre système d'éducation semble penser que oui. Nous véhiculons le plus petit commune dénominateur moral. Il y a des interventions à la pièce contre le taxage, par exemple, et un esprit prônant la tolérance. Par contre, il y a peu d'effort pour former ce qu'on appelait autrefois le caractère. Nous suivons donc le modèle de Condrcet, même si nous savons qu'il n'est pas approprié.

Sa biographie

Né dans une famille noble, son père était militaire et il mourût l'année de sa naissance. Son oncle, un évêque, veilla à son éducation. Il l'envoya chez les Jésuites à Reims. Sans qu'on sache exactement pourquoi, Condorcet a clamé toute sa vie sa haine des Jésuites par la suite. Les Jésuites surveillaient constamment les élèves et la délation était un principe de gouvernement. Ils appliquaient des punitions corporelles. Le fouet était la peine scholastique par excellence. Il s'appliquait a tous les délits et à tous les âges, mais ceci était vrai ailleurs aussi.

En dernière année de collège, il découvrit les mathématiques et décida de devenir un savant. Étudier était le moyen pour des gens du commun d'accéder à des postes que son oncle ne valorisait pas. "...car beaucoup de nos gentilshommes croient que titre et le métier de savant dérogent à la noblesse.(D'Alembert cité dans Badinger,p.33)".

Après deux ans de vie en reclus dans sa chambre, sa famille accède à son désir. Il va vivre pauvrement à Paris plusieurs années chez l'abbé Girault de Kiroudon qui lui enseigne les mathématiques. Il présente à l'Académie des sciences une méthode algébrique en 1761, mais elle est refusée. Il se reprend en 1764 avec une méthode pour simplifier une équation d'Euler et l'Académie publie son travail. Ce qui constitue un hommage particulier. En 1765, il triomphe avec un texte sur le calcul intégral.

Par la suite, Turgot, un ministre influent sous l'ancien régime, lui permettra de s'intéresser à l'économie, à l'amélioration des canaux de navigation. Il apprend beaucoup sur les finances publiques. Il devient Inspecteur des monnaies. Turgot est aussi un des premiers sociologue. Il appliqua les mathématiques aux problèmes sociaux et chercha à faire une société juste.  Notons en passant que Newton aussi, après une vie de reclus, a réorganisé la frappe des monnaies en Angleterre et a aussi joué un rôle important dans la fonction publique. Au siècle des lumières, les intellectuels ont eu la confiance des autorités.

Privément, Condorcet a fait campagne pour la libre circulation des grains. En somme, il proposait le libéralisme économique suivant l'idée d'Adam Smith en Angleterre. Avec d'Alembert, il fera des articles pour l'Encyclopédie dont l'objectif était de diffuser le savoir publiquement pour le démocratiser. Avec Voltaire, il fera campagne en faveur de la réhabilitation du Chevalier de la Barre qui avait été condamné arbitrairement. LaFayette fût son ami, avant une brouille définitive pendant la révolution quand Lafayette dirigeait l'armée française. Il savait donc ce qui se passait en Amérique et il était l'ami de Thomas Payne. La femme de Condorcet a traduit des textes de Payne qui a rédigé en partie la constitution américaine. Journaliste, il tenait une chronique dans un journal pendant qu'il dirigeait l'assemblée (c'était acceptable à l'époque).

Il fût le premier à proposer devant l'assemblée que la France puisse se passer d'un roi. L'idée était tout à fait originale et même fort choquante. Pour un noble, cela voulait dire perdre bien des amis. Dans un article anonyme, il proposa de remplacer le roi par des automates, des mécanismes qui étaient populaires à ce moment. Tout le monde connaissait l'automate du baron de Kempel qui jouait aux échecs. Il ridiculisait ainsi la royauté et cela lui coûta cher.

Ses idées politiques étaient guidées par certaine une vision de la société et de l'homme. Si la constitution américaine était simplement pragmatique, la constitution française devait proposer une nouvelle vision de la personne. Il articula plusieurs éléments importants de cette vision nouvelle en quelques années. Durant les périodes les plus agitées de la révolution, il fût membre de comités importants et il articula, sur commande et rapidement, des notions qui nous sont encore familières. Il rédigea presque seul des documents clefs sur la finance durant des crises. Il proposa des politiques sur la monnaie. Il rédigea presque seul le projet de loi qui donnera plus tard le Ministère de l'Education tel que la France l'a connu durant 100 ans. Par exemple, il proposa l'égalité des femmes lors du divorce et ceci devint force de loi avec la révolution. Cette égalité ne dura que quelques années. Il proposa donc des politiques humanistes, et avec des raisons. Mais la raison devait toujours suffire. Il suffisait d'effacer les superstition et d'éduquer les gens pour que la bonté et le désir de justice se manifeste chez tous.

Son seul parti politique fût celui de ses idées, ce qui lui nuit beaucoup. Quand les girondins furent pourchassés en 1792, il ne faisait pas, ou plus, vraiment parti du mouvement. Il fût mis la loi et pourchassé parce qu'il défendit après coup les girondins. Il mourût en fuite en 1973. Caché dans Paris, il rédigea son texte le plus important avec seulement quelques références qu'un ami lui apportait en cachette.

Ajoutons pour faire bonne mesure qu'il a été membres des amis des noirs, une société pour abolir l'esclavage. Il favorisa aussi un statut normal pour les juifs et les protestants.

La fin des lumières

Pour certains, le mesmérisme et la révolution française signent la fin de l'âge des lumières. La popularité de Mesmer et d'autres charlatans de l'époque comme Marat, le Marat de la révolution, étaient une insulte à la raison. Autant cette époque comptait sur la raison, autant les passions se déchaînèrent à la fin du XVIIIème siècle. Condorcet ne fit pas exception personnellement. D'abord un intellectuel introverti, il s'engagera socialement. Ceci le conduisit à la présidence de l'assemblée constituante au moment de la révolution. Il hérita du surnom le mouton enragé et ses textes avaient beaucoup de mordant à un moment donné.

L'âge des lumières a cédé la place au romantisme. A partir de 1790, la puissance de la raison a été mise de côté pour faire valoir le bien commun et célébrer la vigueur et la passion. Les héros romantiques sont par exemple, Lord Byron un poète anglais qui mourût à Athènes en combattant pour un idéal. Napoléon et Goethe ont été des grands héros de cette époque; les grands héros de Freud qui est né en 1956.

Un grand thème de l'époque romantique fût le conflit entre l'individu et sa société. Les allemands en particulier ont proposé le développement de soi comme une mission morale. Les aspect irrationnels et émotionnels de la nature humaine ont été alors valorisés. En fait, l'aspect pervers et sublime des émotions est l'essence du romantisme.

Les sciences morales et les sciences pures

Les statistiques et la pensée probabiliste seront adoptées par Maxwell en physique vers 1860. Toute la physique des échanges gazeux dépendra ensuite de cette pensée probabiliste. La chimie adoptera aussi cette vision. La biologie de Darwin a étendu la notion d'évolution qui a été développée en histoire et en préhistoire. C'est son cousin Spencer, un des fondateurs de la sociologie, qui a parlé le premier de la lutte pour la survie. La notion de sélection naturelle est un calque de la sélection artificielle qui intéressait tous les propriétaires de chevaux, de vaches et de chiens du temps. Améliorer les espèces était un problème pour tous les jeunes hommes qui voulaient gagner les courses de chevaux après la messe du dimanche. En Nouvelle-France, où il y avait beaucoup de chevaux, les courses étaient une source de troubles. Les croisements et la configuration des animaux était un sujet éternel de discussion.

Le plus gros problème des psychologues qui tenteront plus tard d'imiter l'approche des sciences pures c'est de ne pas comprendre assez de physique pour voir que physiciens et les chercheurs des sciences pures ont trouvé leur propre "pureté" en bonne partie dans les sciences humaines. Ce complexe est humiliant.

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